« Tout a commencé à 2h10 », confie le colonel Tévoédjrè, réveillé en pleine nuit par un appel du général Bertin Bada, directeur de cabinet militaire du président de la République. Ce dernier signalait une attaque à son domicile par des « hommes cagoulés ». À peine le temps d’organiser des renforts, un autre appel lui parvient : celui du général Abou Issa, Chef d’état-major de l’armée de Terre, victime d’une agression similaire. Pour Tévoédjrè, aucun doute : « ce n’était pas un acte isolé ou de délinquants, mais une tentative d’atteinte à la sûreté de l’État ».

Face à la gravité de la situation, le colonel Tévoédjrè déclenche aussitôt l’alerte au sein de la Garde républicaine. « Moi-même, je me suis porté au niveau de mon unité, pour pouvoir éventuellement défendre la patrie », affirme-t-il, soulignant la rapidité de la réaction des forces loyalistes. Selon le commandant, les assaillants ne se sont pas contentés de cibler les hauts gradés : « après avoir kidnappé le Chef d’état-major de la Garde nationale », une force récemment créée pour lutter contre le terrorisme au nord du pays, « ils ont décidé maintenant de s’attaquer aux institutions de la République, notamment à la personnalité du chef de l’État ». Ce plan coordonné visait clairement le cœur du pouvoir.

Une riposte décisive devant la résidence présidentielle

Selon le colonel Dieudonné Tévoédjrè, les assaillants ont lancé leur attaque contre le domicile du chef de l’État aux premières lueurs du jour, vers 5h du matin. Mais ils ne s’attendaient pas à une résistance aussi bien organisée. « Moi-même, je m’étais déjà porté pour organiser la défense aussi bien de la résidence que du palais présidentiel », explique-t-il. Présent sur les lieux avec ses hommes, il affirme avoir coordonné la riposte, qui a rapidement pris les putschistes de court : « Ils ont été surpris de la riposte et de la détermination de mes hommes, et c’est cela qui les a mis en déroute. »

Au cœur de cette attaque, le Président Patrice Talon et son épouse étaient bel et bien présents dans leur résidence. Le commandant de la Garde républicaine raconte avoir été impressionné par la posture du Chef de l’État face au danger : « J’ai été agréablement surpris du courage du Président de la République qui, collé à moi en tant que chef militaire, suivait le combat. » Malgré les risques, le Président aurait refusé de se mettre à l’abri et aurait suivi les opérations de bout en bout, « depuis trois heures du matin jusqu’au soir ».

Les affrontements, d’une rare intensité, ont duré environ 45 minutes. Les putschistes, équipés d’engins blindés, ont tenté un assaut frontal. Mais les forces loyalistes, également dotées de blindés, ont tenu bon. « C’était un combat farouche », se souvient le colonel Tévoédjrè. Après une première tentative de forcer les lignes, les assaillants ont tenté de contourner la défense en empruntant les ruelles menant à la résidence. En vain. « Ces ruelles-là étaient bien tenues. Ils ont été mis en déroute ».