Il faut le reconnaître : Niamey n’a pas fermé la porte au dialogue. Cotonou non plus. Depuis la visite du président béninois Romuald Wadagni à Niamey en juin 2026, les deux pays ont renoué le contact et mis en place des comités chargés d’examiner les conditions d’une réouverture. Les experts ont travaillé et leurs rapports ont été transmis aux chefs d’État. Mais le Niger a posé des exigences précises.
Parmi elles figurent notamment la conclusion d’un accord de défense, d’un accord de sécurité garantissant que le territoire de l’un des deux pays ne soit pas utilisé contre l’autre, ainsi que la mise en place d’une cellule bilatérale de fusion du renseignement. Le règlement des contentieux en suspens fait également partie des dossiers examinés.
Ces exigences traduisent la profondeur de la méfiance née de la crise de 2023. Niamey veut manifestement éviter qu’une nouvelle dégradation des relations entre les deux capitales ne conduise demain à une nouvelle fermeture. Cette position peut s’entendre. Mais la recherche de garanties ne peut pas devenir une garantie de fermeture.
Si des conditions doivent encore être remplies, il appartient désormais à Niamey de les clarifier précisément. Que manque-t-il au Bénin ? Quelles garanties sont encore attendues ? Quelles sont les dernières difficultés qui empêchent une décision ?
C’est là que le discours de Cotonou mérite également d’être interrogé. Le 5 août, le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, affirmait que le Bénin avait « fait tout ce qu’il y avait à faire ». Très bien. Mais dans une relation profondément dégradée, affirmer avoir fait sa part ne suffit pas toujours à restaurer la confiance.
Cotonou doit donc continuer à rassurer son voisin, tout en veillant à préserver sa souveraineté, et répondre autant que possible aux préoccupations exprimées par Niamey. Mais le Niger doit, de son côté, éviter que des exigences légitimes ne se transforment en un processus sans échéance. Car derrière ce bras de fer, il y a des populations qui attendent.
Une frontière fermée pendant près de trois ans, ce n’est plus seulement une affaire de diplomatie. C’est une réalité qui affecte les échanges, le transport, les activités économiques et les relations entre des communautés qui vivent de part et d’autre de cette ligne.
Le Bénin dit avoir fait sa part. Le Niger dit qu’il reste des préalables. Alors, que les deux parties mettent désormais leurs cartes sur la table.
Si Niamey veut des garanties, qu’elles soient clairement définies. Si Cotonou estime avoir répondu aux exigences, qu’il précise ce qu’il a accepté et ce qui reste éventuellement en discussion. Surtout, les deux capitales doivent donner une perspective aux populations.
Le président Abdourahamane Tiani dit vouloir une frontière « des peuples » et non « d’un individu ». L’objectif est louable. Mais une frontière des peuples ne peut pas rester indéfiniment fermée au nom de la protection de ces mêmes peuples.
Après les rencontres, les comités, les négociations et les rapports, le temps est peut-être venu de passer des garanties aux décisions.
Cotonou et Niamey peuvent encore transformer cette crise en une occasion de bâtir une relation plus solide. Mais pour cela, il faudra sortir du bras de fer, restaurer la confiance et surtout répondre à une question que les populations se posent depuis trop longtemps : jusqu’à quand faudra-t-il encore attendre ?
