Le Bénin améliore sa position dans la grille de notation de Moody’s. L’agence a relevé sa note souveraine de B1 à Ba3, tout en ramenant sa perspective de « positive » à « stable ». Le pays reste dans la catégorie spéculative, mais se situe désormais à trois crans du niveau « Investment Grade », fixé à Baa3 chez Moody’s.

Cette décision traduit, selon l’agence, une amélioration progressive du profil de crédit du Bénin. Plusieurs indicateurs économiques et budgétaires ont évolué favorablement au cours des dernières années.

1. Une croissance économique particulièrement forte

La croissance économique constitue l’un des principaux arguments ayant pesé dans la décision de Moody’s. L’économie béninoise a progressé de 8,1 % en 2025, soit son rythme le plus élevé depuis 1990.

Cette performance s’inscrit dans une dynamique plus longue. Depuis 2018, le Bénin affiche une croissance moyenne annuelle de 6,6 %. Moody’s table également sur une croissance comprise entre 6,5 % et 7 % par an jusqu’en 2030, portée notamment par les investissements, l’industrialisation et le développement de la transformation locale des matières premières.

Le pays a maintenu cette dynamique malgré plusieurs chocs, notamment la pandémie de Covid-19, les conséquences des conflits en Ukraine et au Proche-Orient ainsi que les perturbations commerciales liées aux fermetures de frontières avec le Nigeria et le Niger.

2. Un déficit budgétaire ramené à 3 % du PIB

Deuxième facteur : l’amélioration de la situation budgétaire. Le déficit de l’administration centrale est passé d’environ 7 % du PIB en 2021 à 3 % en 2025, soit le plafond prévu par les critères de convergence de l’UEMOA. Cette réduction traduit les efforts de consolidation des finances publiques, notamment grâce à une meilleure mobilisation des recettes et à une maîtrise des dépenses courantes.

Les recettes fiscales ont ainsi progressé de 2,9 points de PIB depuis 2021. Malgré cette amélioration, Moody’s relève que les recettes publiques restent faibles par rapport à celles des pays souverains notés Ba.

3. Une gestion de la dette jugée plus maîtrisée

La trajectoire de la dette publique constitue le troisième élément favorable. Selon les calculs de Moody’s sur l’ancienne base des comptes nationaux, la dette publique a culminé à 61 % du PIB en 2023. L’agence prévoit qu’elle devrait revenir autour de 55 % en 2028.

Le coût moyen pondéré de la dette s’établissait à 3,4 % à fin 2025, avec une maturité moyenne proche de neuf ans. La maturité de la dette intérieure est également passée de 2,8 ans en 2019 à 4,9 ans, ce qui contribue à réduire la pression liée au refinancement à court terme.

La structure de la dette limite en outre une partie du risque de change : 85 % du stock est libellé en euros ou en francs CFA, tandis que la dette extérieure représente environ 77 % de l’encours total.

4. Une stratégie de financement diversifiée

Le Bénin a également renforcé sa capacité à mobiliser différentes sources de financement. Ces dernières années, le pays a multiplié les instruments financiers, avec notamment une émission obligataire liée aux objectifs de développement durable en 2021, une première émission internationale en dollars en 2024 et un premier Sukuk souverain en 2026.

Cette diversification permet au pays d’élargir sa base d’investisseurs et de mieux gérer les échéances de sa dette. Moody’s relève par ailleurs que le financement multilatéral représente environ 37 % de la dette, tandis que la structure monétaire de l’encours contribue à limiter l’exposition au risque de change.

5. La continuité des réformes et des politiques économiques

Enfin, Moody’s met en avant la continuité des politiques publiques et la capacité des institutions béninoises à poursuivre les réformes engagées. L’agence souligne notamment les progrès réalisés dans la mobilisation des recettes publiques, la gouvernance économique et l’exécution des programmes conclus avec le Fonds monétaire international (FMI). La continuité des politiques économiques constitue également un élément important de la perspective stable associée à la nouvelle note.

Cette continuité est particulièrement suivie par les agences de notation, car elle permet d’évaluer la capacité d’un État à maintenir dans la durée les mesures ayant contribué à l’amélioration de ses indicateurs économiques et budgétaires.

Des défis qui restent à relever

Le relèvement de la note ne signifie toutefois pas que tous les risques ont disparu. Le Bénin reste à trois crans de la catégorie « Investment Grade ».

Moody’s pointe notamment la faiblesse des recettes publiques, qui représentent 15,8 % du PIB, contre une médiane de 27,2 % pour les États souverains notés Ba. L’agence relève également le faible revenu par habitant, la concentration des exportations, les risques sécuritaires liés à l’environnement régional et certaines vulnérabilités liées à la dette.

Le reclassement de prêts rétrocédés à des entreprises publiques a notamment entraîné une hausse de sept points de PIB du ratio d’endettement, révélant certaines faiblesses dans le suivi historique de la dette.

Le passage de B1 à Ba3 constitue donc une nouvelle étape dans la trajectoire financière du Bénin. Pour se rapprocher davantage de l’« Investment Grade », le pays devra notamment poursuivre la consolidation budgétaire, accroître ses recettes, maintenir une gestion prudente de la dette et diversifier davantage son économie.