Le Nigeria revendique de nouvelles marges de manœuvre financières grâce aux réformes économiques engagées depuis l’arrivée au pouvoir du président Bola Ahmed Tinubu. Mercredi 19 août 2026, le ministre des Finances et ministre coordinateur de l’Économie, Taiwo Oyedele, a indiqué que la suppression de la subvention sur l’essence avait permis de mobiliser 15 800 milliards de nairas de ressources pour la Fédération entre juin 2023 et décembre 2025.
L’annonce a été faite à Abuja lors de la présentation du bilan des réformes économiques engagées depuis 2023. Selon Reuters, le ministre estime que ces réformes, notamment la suppression de la subvention sur le carburant et la réforme du marché des changes, ont contribué à éviter une aggravation de la crise économique et à améliorer les finances publiques du pays.
15 800 milliards de nairas mobilisés, pas une cagnotte de liquidités
Le chiffre annoncé par Taiwo Oyedele nécessite toutefois une précision. Les 15 800 milliards de nairas ne correspondent pas à une somme versée en une seule fois dans les caisses de l'État fédéral.
Selon une explication publiée par Channels Television, ce montant représente les ressources que la Fédération nigériane affirme avoir pu mobiliser grâce à l’arrêt du financement de la subvention sur l’essence. Le gouvernement fédéral a reçu 5 400 milliards de nairas, tandis que 10 400 milliards ont été distribués aux gouvernements des États et aux collectivités locales à travers le compte de la Fédération.
Cette répartition est importante à souligner : les 15 800 milliards de nairas ne constituent donc pas une enveloppe entièrement contrôlée par Abuja. Une partie substantielle des ressources supplémentaires a été transférée aux autres niveaux de gouvernement.
Converti à titre indicatif dans la monnaie utilisée au Bénin et dans les autres pays de l’UEMOA, ce montant représente environ 6 600 milliards de FCFA. La conversion reste toutefois dépendante du taux de change naira-franc CFA utilisé au moment du calcul.
Des ressources supplémentaires pour les États
La suppression de la subvention a ainsi modifié les flux financiers entre le gouvernement fédéral et les autres administrations publiques. La hausse des ressources disponibles pour la Fédération a permis d’augmenter les montants distribués aux États et aux collectivités locales.
Pour Abuja, cette évolution constitue l'un des principaux résultats des réformes engagées depuis 2023. Le gouvernement estime que les ressources supplémentaires ont contribué à financer les dépenses publiques et les investissements dans un contexte marqué par une forte pression sur les finances nationales.
Taiwo Oyedele a également indiqué que les réformes avaient permis au gouvernement fédéral de générer des recettes supplémentaires et de mobiliser davantage de financements. D’après le bilan présenté mercredi, les recettes propres additionnelles ont atteint 3 100 milliards de nairas, tandis que 11 900 milliards supplémentaires ont été mobilisés par l'emprunt.
9 390 milliards de nairas pour les salaires
Les économies réalisées grâce à la fin de la subvention n'ont toutefois pas constitué une manne financière entièrement disponible pour de nouveaux investissements.
Selon les chiffres présentés par le ministre des Finances, le gouvernement fédéral a dépensé 30 640 milliards de nairas supplémentaires entre juin 2023 et décembre 2025.
Une partie importante de cette enveloppe a servi à absorber les conséquences sociales des réformes. Quelque 9 390 milliards de nairas ont notamment été consacrés aux ajustements salariaux, aux augmentations liées au nouveau salaire minimum et aux allocations versées aux travailleurs du secteur public.
Le gouvernement a également consacré environ 9 370 milliards de nairas au service de la dette extérieure, tandis que 6 500 milliards de nairas ont été affectés à des infrastructures stratégiques.
Ces chiffres montrent que les ressources supplémentaires générées par les réformes ont été en partie absorbées par l'augmentation des dépenses publiques, le coût de la dette et les mesures destinées à limiter les conséquences sociales de la transformation économique.
Une réforme phare de Bola Tinubu
La suppression de la subvention sur l’essence figure parmi les premières mesures majeures prises par Bola Tinubu après son arrivée au pouvoir en mai 2023. Lors de son investiture, le président nigérian avait annoncé la fin du mécanisme de subvention, jugé trop coûteux pour les finances publiques. La mesure a provoqué une hausse immédiate du prix de l'essence et s'est rapidement répercutée sur les transports, les coûts de production et les prix des produits de consommation.
Cette décision s'inscrivait dans un programme plus large comprenant notamment la réforme du marché des changes, avec l'objectif de réduire les distorsions économiques et de restaurer les équilibres macroéconomiques.
Le gouvernement nigérian défend depuis cette politique en affirmant que le maintien de la subvention aurait continué à absorber d'importantes ressources publiques qui auraient pu être consacrées à d'autres priorités.
La Banque mondiale avait anticipé d’importantes économies
La pertinence budgétaire de la réforme avait été soulignée avant même sa mise en œuvre. Dans une analyse publiée en juin 2023, la Banque mondiale estimait que la suppression de la subvention sur l'essence pouvait permettre au Nigeria de réaliser environ 2 000 milliards de nairas d'économies en 2023, puis plus de 11 000 milliards de nairas d'ici fin 2025.
Le chiffre annoncé en août 2026 par le gouvernement, soit 15 800 milliards de nairas mobilisés sur la période allant de juin 2023 à décembre 2025, est donc supérieur à cette estimation initiale.
Il convient toutefois de ne pas comparer directement les deux montants comme s'ils désignaient exactement le même indicateur. La Banque mondiale formulait en 2023 une projection des économies budgétaires attendues, tandis que le gouvernement nigérian présente aujourd'hui un bilan des ressources mobilisées pour la Fédération dans le cadre des réformes mises en œuvre depuis 2023.
Le FMI reconnaît des progrès macroéconomiques
Le Fonds monétaire international a également reconnu les progrès réalisés par le Nigeria depuis le lancement des réformes.
Dans son évaluation de 2025, le FMI indique que les réformes engagées au cours des deux années précédentes ont contribué à améliorer la stabilité macroéconomique et la résilience du pays. L'institution cite notamment la suppression des subventions coûteuses sur les carburants, l'amélioration du fonctionnement du marché des changes et l'arrêt du financement du déficit budgétaire par la banque centrale.
Le FMI relève également que la croissance économique s'est accélérée à 3,4 % en 2024 et prévoyait un rythme similaire pour 2025, soutenu notamment par la hausse de la production d'hydrocarbures, les services et la montée en puissance du raffinage domestique.
Mais l'institution internationale se montre plus nuancée sur les conséquences sociales. Elle souligne que les gains des réformes n'ont pas encore bénéficié à l'ensemble de la population et que la pauvreté ainsi que l'insécurité alimentaire demeurent élevées.
Une réforme au lourd coût social
La fin de la subvention a en effet eu un impact direct sur le quotidien des Nigérians. La hausse du prix de l'essence a entraîné une augmentation des coûts du transport et a contribué à renchérir de nombreux biens et services.
Reuters souligne que les réformes ont été favorablement accueillies par plusieurs investisseurs et bailleurs internationaux, mais qu'elles ont parallèlement aggravé, à court terme, la crise du coût de la vie pour les populations nigérianes.
La Banque mondiale avait elle aussi averti, dès 2023, que la suppression de la subvention devait être accompagnée de mesures destinées à protéger les ménages les plus vulnérables. L'institution estimait que les effets de la hausse du prix du carburant pouvaient être particulièrement lourds pour les populations pauvres.
Dans ce contexte, les augmentations salariales et autres mesures d'accompagnement mises en avant par le gouvernement font partie de la réponse destinée à amortir le choc social de la réforme.
Une réforme encore difficile à évaluer dans son ensemble
Avec 15 800 milliards de nairas, soit environ 6 600 milliards de FCFA, de ressources mobilisées, le gouvernement de Bola Tinubu présente la suppression de la subvention sur l'essence comme un élément central du redressement des finances publiques.
Les chiffres annoncés montrent toutefois que le bilan est plus complexe qu'une simple économie budgétaire. Les ressources supplémentaires ont été réparties entre les différents niveaux de gouvernement et une partie importante des gains a été absorbée par les salaires, le service de la dette et les infrastructures.
Le débat porte désormais sur la capacité du Nigeria à transformer ces marges budgétaires en amélioration durable des conditions de vie. Pour le FMI, les réformes ont renforcé la résilience macroéconomique du pays, mais leurs bénéfices doivent encore se traduire plus largement pour les ménages.
Le gouvernement nigérian devra donc démontrer que les ressources libérées par la fin de la subvention peuvent contribuer durablement au financement des infrastructures, à la création d'emplois, à l'amélioration des services publics et à la réduction de la pauvreté. C'est sur ce terrain que se mesurera, à terme, le véritable bilan des réformes économiques engagées depuis 2023.
