Derrière chaque budget se joue désormais une partie de la réponse aux défis environnementaux. C’est l’un des enseignements qui se dégagent des échanges ouverts mardi à Cotonou, où responsables des services du Trésor, experts, universitaires et représentants de plusieurs pays confrontent leurs expériences sur le financement de la transition écologique.

Pendant deux jours, les participants examinent les moyens de mieux articuler politiques environnementales et gestion des finances publiques. Une réflexion qui intervient alors que les États sont appelés à traduire leurs engagements environnementaux en actions concrètes, avec des ressources identifiées et des mécanismes permettant d’en suivre l’utilisation.

Quand le budget devient un outil environnemental

À l’ouverture des travaux, Oumara Karimou Assouma, Directeur général du Trésor et de la comptabilité publique, a mis en avant l’évolution des responsabilités des administrations financières face aux effets du changement climatique.

Pour lui, les règles de rigueur et de discipline qui encadrent la gestion publique doivent également contribuer à répondre aux urgences environnementales. « Aujourd'hui, le devoir nous appelle à franchir un autre seuil historique. Celui de mettre la rigueur financière au service de l'urgence écologique », a-t-il déclaré.

Cette approche suppose notamment de mieux identifier les dépenses qui concourent aux objectifs environnementaux, mais aussi de suivre leur exécution et d’évaluer les résultats obtenus. Les discussions portent ainsi sur plusieurs leviers : mobilisation des ressources, budgétisation environnementale, fiscalité verte, financements innovants, financement durable ou encore transition énergétique.

La traçabilité des financements au centre des préoccupations

Pour Charles Yehouenou, Directeur de cabinet du ministre chargé des Finances et de la Microfinance, les services du Trésor ont également un rôle important à jouer dans le suivi des engagements environnementaux pris par les États. Il a notamment insisté sur la nécessité de garantir la traçabilité des financements verts et d’améliorer le reporting environnemental.

L'enjeu est donc de pouvoir suivre le parcours des ressources consacrées aux politiques environnementales, depuis leur mobilisation jusqu'à leur utilisation, tout en permettant d'apprécier les résultats obtenus.

Cette exigence de suivi s’inscrit dans une réflexion plus large sur la manière d’intégrer l’environnement dans les différentes étapes de la gestion publique. Les participants se penchent notamment sur les outils permettant de mieux prendre en compte les critères environnementaux au moment de programmer les dépenses et de préparer les budgets.

Le littoral ouest-africain comme illustration

Les discussions prennent également une dimension régionale avec les préoccupations liées à l’érosion côtière en Afrique de l’Ouest. Catherine Lemesle, Secrétaire générale de l’AIST, a souligné les conséquences de ce phénomène sur les territoires, les ressources naturelles et les activités économiques. La dégradation du littoral entraîne également des besoins importants en matière d’adaptation, de protection des populations et de sécurisation des infrastructures.

Cette situation illustre, selon elle, le lien direct entre les engagements environnementaux et les choix financiers des États. « Les engagements internationaux deviennent réalité lorsqu'ils sont financés. Les politiques publiques deviennent réalité lorsqu'elles sont budgétisées », a-t-elle souligné.

Deux jours pour confronter les expériences

Les travaux du colloque sont structurés autour de tables rondes et d’échanges consacrés notamment à la place de l’environnement dans les politiques publiques, les budgets et les dépenses des États. Au-delà des interventions institutionnelles, les participants partagent leurs expériences sur les mécanismes de financement et les outils permettant d’inscrire durablement les objectifs environnementaux dans la gestion publique.

La rencontre de Cotonou intervient par ailleurs dans une année particulière pour l’AIST, qui célèbre son 20e anniversaire. Elle réunit les administrations financières de 29 pays membres et offre un cadre de coopération autour des mutations auxquelles les services du Trésor sont confrontés.a