L’essence de contrebande coûte de plus en plus cher au Bénin. Le litre, qui se vendait encore récemment à 700 F CFA, est désormais proposé entre 725 et 800 F CFA, avec des écarts de prix parfois importants d’un point de vente à l’autre.
À Abomey-Calavi, cette hausse est visible dans plusieurs quartiers. Les prix ne sont toutefois pas uniformes : d’un vendeur à l’autre, quelques dizaines de francs peuvent faire la différence. Les consommateurs observent, comparent et cherchent parfois le point de vente où le litre est proposé au meilleur prix.
Mais qu’est-ce qui explique cette nouvelle hausse ?
Pour les vendeurs rencontrés, l’explication se trouve d’abord dans la chaîne d’approvisionnement. Une partie d’entre eux achète le produit auprès de grossistes qui s’approvisionnent au Nigeria. Lorsque les coûts augmentent en amont, cette hausse finit par se répercuter sur les prix pratiqués au Bénin. Un vendeur rencontré à Abomey-Calavi explique ainsi qu’il reste lui-même dépendant des tarifs fixés par ses grossistes.
« Le prix de l'essence a flambé parce que le coût d'approvisionnement a beaucoup augmenté. J'achète habituellement auprès des grossistes pour revendre. Ils m'ont expliqué que leurs propres fournisseurs au Nigeria ont également augmenté leurs prix », explique-t-il.
Mais le coût d’approvisionnement n’est pas le seul facteur évoqué par les vendeurs. Les conditions dans lesquelles certains grossistes achètent leur produit auprès de fournisseurs nigérians peuvent également peser sur le prix final.
Le poids des fluctuations du naira
Certains grossistes travaillent avec des fournisseurs au Nigeria sur la base du crédit. Ils prennent le produit, le revendent ensuite au Bénin avant de rembourser leurs fournisseurs. Entre-temps, l’évolution du taux de change entre le naira et le franc CFA peut modifier le montant nécessaire au remboursement.
Un grossiste rencontré dans le cadre de ce reportage explique que ces fluctuations peuvent l’obliger à revoir son prix de vente. « J'ai l'habitude de prendre l'essence à crédit auprès de fournisseurs au Nigeria avant de la revendre ici au Bénin. Il arrive que la valeur du naira baisse par rapport au franc CFA. Dans ce cas, je suis obligé de revoir mon prix de vente pour pouvoir rentabiliser. C'est ce que font beaucoup de mes collègues », explique-t-il.
Le prix payé par le consommateur ne dépend donc pas uniquement du montant auquel le produit a été acheté au départ. Lorsque l’approvisionnement se fait à crédit, l’évolution du taux de change peut également peser sur le coût réel de l’opération et, par conséquent, sur le prix de revente.
Cette situation permet de comprendre pourquoi le prix de vente peut évoluer sur le marché béninois, même lorsque le produit a été acquis à un autre moment et dans des conditions différentes.
À Calavi, les vendeurs se surveillent aussi
Sur le terrain, la concurrence entre vendeurs constitue un autre élément visible. Les prix peuvent changer rapidement lorsqu’un revendeur constate qu’un concurrent installé à proximité propose un tarif inférieur.
Une scène observée à Sèmè, dans la commune d’Abomey-Calavi, illustre cette concurrence. Un vendeur avait fixé le prix du litre à 775 F CFA. De l’autre côté de la route, un autre le proposait à 750 F CFA. Face à l’affluence des clients chez son concurrent, le premier a finalement dû s’aligner.
« Ce matin, mon collègue qui vendait en face de moi, de l'autre côté de la route, avait affiché le litre à 750 F CFA alors que je le vendais à 775 F CFA. Beaucoup de clients allaient vers lui. J'ai donc dû réduire mon prix à 750 F CFA, sinon, c'était compliqué pour moi », explique-t-il.
Dans ce cas, la concurrence pousse le vendeur à ajuster son tarif pour ne pas perdre sa clientèle. Le prix affiché peut ainsi varier en fonction de celui pratiqué par les autres revendeurs du même secteur. À quelques mètres de distance, un client peut trouver le litre à 750 F CFA chez un vendeur et à 775 F CFA chez un autre. Dans certains points de vente, le tarif atteint même 800 F CFA.
Les conducteurs de taxi-moto directement touchés
Pour les consommateurs, cette évolution se traduit par une augmentation des dépenses quotidiennes. Les conducteurs de taxi-moto sont particulièrement concernés, leur activité nécessitant des achats réguliers de carburant.
Dans le quartier Saint-Louis à Abomey-Calavi, Maxime, conducteur de taxi-moto, se rappelle qu’il achetait autrefois le litre à moins de 500 F CFA. Le prix a ensuite atteint 700 F CFA avant de grimper aujourd’hui à 775 F CFA. Une évolution qui alourdit directement ses dépenses quotidiennes.
« L'essence que nous achetions à moins de 500 F CFA le litre est passée à 700 F CFA. Nous avons fait avec. Mais aujourd'hui, le prix continue de grimper et atteint 775 F CFA. Je suis donc obligé d'augmenter un peu le prix du transport pour mes clients », témoigne-t-il.
Pour lui, l’augmentation du prix du carburant finit ainsi par avoir des conséquences sur le coût du transport. Le conducteur doit tenir compte de ses dépenses en carburant pour déterminer le montant qu’il peut demander à ses clients.
À Abomey-Calavi, la hausse du prix de l’essence de contrebande se répercute ainsi à différents niveaux. Elle modifie les tarifs affichés par les vendeurs, accentue la concurrence entre les points de vente et alourdit les charges des usagers, notamment celles des conducteurs de taxi-moto.
Les témoignages recueillis auprès des acteurs rencontrés font ressortir plusieurs facteurs : l’augmentation du coût d’approvisionnement, les achats à crédit auprès de fournisseurs nigérians, les fluctuations du taux de change entre le naira et le franc CFA ainsi que la concurrence entre revendeurs.
