Succès Masra risque gros au Tchad. Le vendredi 8 août 2025, le procureur général près la cour d'appel de N'Djamena, Bruno Louapambe Mahouli, a requis 25 ans d'emprisonnement contre Succès Masra, ancien Premier ministre tchadien. Ce réquisitoire s'inscrit dans le cadre du procès de l'opposant politique, qui se tient depuis mercredi dernier dans la capitale N'Djamena.
Ce procès regroupe deux volets distincts. Le premier concerne près de 70 hommes accusés d'avoir participé à un massacre survenu le 14 mai dernier dans la région du Logone-Occidental, au sud-ouest du pays. Selon les autorités tchadiennes, 42 personnes, « majoritairement des femmes et des enfants », ont été tuées ce jour-là à Mandakao.
Le second volet vise directement Succès Masra, le chef du parti d'opposition « Les Transformateurs ». Arrêté le 16 mai, il est jugé pour « incitation à la haine, à la révolte, constitution et complicité de bandes armées, complicité d'assassinat, incendie volontaire et profanation de sépultures ». La justice tchadienne s'appuie notamment sur un message audio prétendument enregistré en 2023, dans lequel Succès Masra appellerait à « apprendre à utiliser une arme à feu » et à « être tous des boucliers protecteurs ».
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Entendu pour la première fois jeudi dernier, Succès Masra, vêtu d'une tenue blanche traditionnelle, a catégoriquement nié les faits qui lui sont reprochés. « Vous avez devant vous un homme qui croit en la Justice. Je ne reconnais aucun des faits qui me sont reprochés », a-t-il déclaré.
Les avocats de la défense affirment quant à eux qu'aucune preuve tangible n'a été apportée depuis le début du procès. « Nous sommes à la recherche d'un lien qui pourrait relier les accusés à la scène de crime, mais nous sommes restés sur notre soif », ont-ils déclaré vendredi.
Âgé de 41 ans, Succès Masra est un économiste formé en France et au Cameroun. Il avait été nommé Premier ministre cinq mois avant l'élection présidentielle de mai 2024, à laquelle il s'était porté candidat face à Mahamat Idriss Déby Itno, proclamé vainqueur avec plus de 60% des voix.
Depuis 2018, Succès Masra était la principale figure de l'opposition capable de mobiliser des milliers de partisans dans la capitale tchadienne lors de manifestations, souvent réprimées dans le sang. Contraint à l'exil après une manifestation meurtrière en octobre 2022, il est revenu au Tchad fin 2023 après avoir signé un "accord de réconciliation" avec la junte au pouvoir.
