Des faits de corruption qui minent les efforts de développement et de bonne gouvernance des dirigeants, selon le Korag. Le comble dans cette affaire qui a atteint un niveau inquiétant au « pays des hommes intègres », est que des agents qualifiés dans la lutte contre la corruption se retrouvent au cœur même d’un système de malversation et de blanchiment de capitaux.
Documents, images, vidéos et témoignages irréfutables à l’appui, le Korag ne désamorce pas dans la lutte contre la corruption, les intimidations d’où qu’elles viennent, selon le porte-parole du Korag. Le capitaine Farouk Azarias Sorgho déclare d’ailleurs que plusieurs douaniers, des magistrats et un avocat ont été épinglés.
Selon lui, ces agents arrêtés exigent des conducteurs routiers, le paiement de sommes d’argent pour laisser passer des camions en dépit de leur dédouanement régulier au bureau des douanes de Ouaga Inter, révèle le document d’enquête.
Le rapport d’enquête met également à nu des fraudes dans « Plusieurs secteurs d’activités minés par la corruption. Les corrupteurs y font la loi, profitant de la cupidité sans limite et de l’insouciance des corrompus ».
Des agents de la Coordination nationale de lutte contre la fraude, coupables des faits de corruption
Ces faits de corruption révélés impliquent des agents de l’Etat, affectés au sein d’une structure censées lutter contre la fraude à savoir, la Coordination nationale de lutte contre la fraude au Burkina Faso. Ils se rendent eux-mêmes coupables de faits de corruption et de blanchiment de capitaux. Le document cite douze (12) témoins parmi lesquels des transitaires, déclarants en douane, transporteurs et commerçants, qui sont entendus dans le cadre de l’instruction de ce dossier. Ces témoins, précise le rapport, ont tous confirmé devant la justice burkinabè, avoir remis des sommes d’argent allant de 100 à 150 mille F CFA, sans quittance, aux mis en cause qui étaient en poste à la Coordination nationale de lutte contre la fraude. Face à ce contraste, l’opinion publique peine à comprendre que des agents de l’Etat, affectés au sein de cette structure censée lutter contre la fraude se rendent eux-mêmes coupables de faits de corruption et de blanchiment de capitaux, peut-on lire dans le rapport.
Ces faits qui remontent à mai 2021 ont connu plusieurs développements ayant révélé les dessous d’une justice elle-même, gangrenée par la corruption.
L’enquête souligne que le Procureur du Faso, a immédiatement ouvert une enquête qui a permis de découvrir d’importantes sommes d’argents détenues par les mis en cause dans leurs bureaux et domiciles. Le rapport d’enquête a aussi mentionné l’existence des « preuves matérielles irréfutables » des faits de corruption impliquant deux agents, un inspecteur et un contrôleur des douanes. Ces preuves ont été versées au dossier. La suite de l’enquête a également permis d’interpeller onze (11) autres douaniers pour les mêmes infractions de corruption et de blanchiment de capitaux.
« Malheureusement la Justice, cette noble institution censée être un repère moral se révèle être aussi un univers infesté par plusieurs dysfonctionnements », fustige le rapport d’enquête. Le Korag indique que face au rejet en bloc des accusations, « les mis en cause sont tous confrontés à l’évidence des faits grâce aux images et vidéos les montrant dans une situation de flagrant délit de corruption ».
En dépit des preuves évidentes versées au dossier, des aveux par reconnaissance par les mis en cause et de la concordance des témoignages, un non- lieu a été prononcé par le juge d’instruction en juillet 2024, à la surprise générale. Ce qui a soulevé une interrogation majeure sur la bonne foi et la probité des juges ayant connu et traité ledit dossier.
Dans cette affaire de corruption, la vérité a été voilée au peuple, selon l’instance chargée du contrôle de la mise en œuvre de la vision stratégique (Korag) au Burkina Faso. Ainsi, dénonce-t-elle, le 27 août 2025 la Chambre d’instruction juridiction supérieure de contrôle a validé un raisonnement qui fait abstraction d’une part de la matérialité de l’infraction. Abstraction de la remise et récupération de l’argent et d’autre part, de la concordance entre les images et vidéos réalisées par les enquêteurs infiltrés et les pratiques dénoncées par les témoins.
Dans le cadre de cette affaire, une série d’interpellations d’acteurs de la justice, suivie d’auditions effectuées courant le mois d’octobre 2025 a révélé un vaste réseau d’agents indélicats à la Cour d’appel de Ouagadougou. Dans la foulée, le rapport révèle que dix magistrats (Président de Chambre, Procureur général, Substitut général, Procureur du Faso, juge d’instruction et juge au siège) et un avocat sont mis en cause. Le rapport fait remarquer aussi que d’ « importantes sommes d’argent sont engagées pour des actes de corruption et d’influence ayant entraîné une instruction biaisée et un jugement partisan du dossier.
Pour le Korag, cette confirmation du non- lieu, nonobstant les preuves flagrantes, « fragilise l’effort de lutte contre la corruption des autorité burkinabè, et envoie un signal extrêmement négatif sur l’efficacité et la rigueur du pôle judiciaire spécialisé » dans le pays.
A l’issue de cette « mascarade judiciaire », les mis en cause sont parvenus à obtenir auprès des juges ayant connu du dossier, l’identité des dénonciateurs ainsi que des pièces de la procédure, éléments normalement protégés pour garantir l’anonymat et la sécurité de tout dénonciateur.
« Pour des faits aussi graves impliquant des hommes de droits, garants d’une justice exemplaire et égalitaire, une campagne de désinformation et de dénigrement a été, une fois de plus, menée par des médias mensongers occidentaux, notamment français, fidèles à leur mission, qui accusent les autorités burkinabè d’avoir mis aux arrêts des magistrats pour, selon eux, des faits antérieurs qui les incrimineraient », s’indigne le Korag.
Les mises en garde des autorités burkinabè
Engagées dans la lutte contre la corruption, les autorités bukinabè mettent en garde les détracteurs. « Loin de se laisser distraire, le Korag, face à tous ces manquements, met en garde tous ceux qui se rendront coupables de faits de corruption et qui tenteront d’instrumentaliser les acteurs de la justice. Les auteurs et leurs complices seront mis face à leurs responsabilités et subiront la rigueur de la loi », souligne le capitaine Farouk Azarias Sorgho.
Le porte-parole du Korag prévient qu’ « au nom du principe de l’équité des droits, aucune faveur ne sera accordée à personne. Nous accentuerons la lutte contre la corruption et l’impunité des acteurs judiciaires en exigeant le respect strict des règles d’éthique et de déontologie. Notre conviction est que l’on ne saurait parler de moralisation de la vie publique en occultant celle du système judiciaire ».
Conscient du fait que la justice a un « rôle primordial » dans la protection des droits et libertés, les autorités burkinabè indiquent que « les sanctions disciplinaires contre les acteurs indélicats du secteur judiciaire vont se poursuivre sans exclure les poursuites judiciaires ».
L’instance invite les Burkinabè à « rester vigilants et à faire échec aux manipulations qui pourraient découler de cette lutte âpre contre la corruption et les mauvaises pratiques ».
