Le dossier de scandale pétrolier au Congo trouve son point de départ dans une opération financière considérée comme « suspecte » par les autorités monégasques.

Une transaction transitant par une banque de la principauté déclenche l’intervention de la Cellule de renseignement financier de Monaco, qui sollicite alors l’assistance de la Norvège. Cette coopération marque le début d’une enquête aux ramifications internationales.


Saisie de l’affaire, l’Økokrim, le parquet norvégien spécialisé dans la criminalité économique affirme avoir bénéficié d’un soutien « substantiel » de plusieurs partenaires étrangers, notamment des États-Unis et de la France.

Les investigations conduisent les magistrats à documenter ce qu’ils décrivent comme un mécanisme de « corruption à grande échelle ».

Des inculpations ciblant Hemla Africa Holding

À l’issue de l’enquête, le parquet norvégien décide d’engager des poursuites contre deux citoyens norvégiens ainsi que contre Hemla Africa Holding, une société opérant en Afrique et détenue à 100 % par le groupe Petronor E&P, coté à la Bourse d’Oslo.


Selon l’acte d’accusation, les faits s’étalent sur une période d’environ dix ans. Ils concernent des versements assimilés à des pots-de-vin, effectués en parallèle de démarches visant l’obtention et la sécurisation de licences pétrolières en République du Congo.


Un montage capitalistique au cœur des soupçons

Les enquêteurs décrivent un schéma de participation croisée entre les partenaires norvégiens et des intérêts proches du pouvoir congolais. La société congolaise MGI International, contrôlée par des membres de la famille présidentielle, détenait 25 % du capital de Hemla E&P Congo (HEPCO), la structure locale titulaire des permis pétroliers. Les 75 % restants revenaient à Hemla Africa Holding.

D’après le parquet, les deux prévenus norvégiens « ont veillé à ce que des dividendes soient régulièrement versés par HEPCO à MGI ». Le document judiciaire précise que « jusqu’en 2024 inclus, cela a conféré un avantage d’au moins 24,68 millions de dollars au Président Denis Sassou N’guésso par l’intermédiaire des membres de sa famille proche ».


Entre dénégations et contraintes juridiques

Face à ces accusations, le groupe Petronor a vivement réagi. Dans un communiqué, la société affirme « contester catégoriquement l’acte d’accusation de Hemla » et dit « se réjouir de l’opportunité de voir l’affaire examinée de manière approfondie devant les tribunaux ».

L’Økokrim souligne toutefois que, malgré les liens établis avec le Président congolais et son entourage familial, la justice norvégienne ne dispose pas de compétence extraterritoriale. En conséquence, les poursuites ne peuvent viser que les acteurs norvégiens impliqués et non les bénéficiaires présumés des flux financiers à l’étranger. Contactées par la presse, les autorités de la République du Congo n’ont, à ce stade, formulé aucune réaction officielle.