Plus de soixante participants venus de tous les départements du Bénin ont pris part à cette formation pilotée par le Bureau de la coopération et de l'entraide judiciaires du ministère de la Justice.

L'atelier s'inscrit dans le cadre du projet Appui à l'entraide judiciaire en matière pénale mis en œuvre par Expertise France. Les échanges ont duré deux jours et ont combiné théorie et pratique.

Lors de son allocution d'ouverture, Florentin Gbodou, Directeur de Cabinet du ministre de la Justice, représentant le Garde des seaux, a dressé un état des lieux préoccupant. « L'instabilité politique, économique et sociale crée des espaces propices à l'épanouissement de la criminalité organisée transnationale. Les groupes criminels, structurés et coordonnés, ne connaissent plus de frontières », a-t-il déclaré.

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Il a ajouté que ces groupes se livrent à des trafics multiformes comme la drogue, les armes, les espèces sauvages, les faux médicaments, la traite des êtres humains, l'exploitation minière et forestière illégale. Plus préoccupant encore, ces économies illicites financent souvent le terrorisme et alimentent les conflits régionaux. 

Une criminalité sans frontières qui impose une réponse internationale

Innocentia Apovo Monteiro, Directrice du Bureau de la Coopération et de l'Entraide Judiciaires, a ouvert son discours par un hommage. Elle s'est inclinée devant la mémoire des collègues, forces de défense et de sécurité, tombés sur le champ d'honneur lors des récentes attaques terroristes qui ont endeuillé le Bénin. « Leur sacrifice ultime nous rappelle, avec une acuité douloureuse, que la sécurité de notre pays et la lutte contre la criminalité sous toutes ses formes exigent de nous un engagement sans faille », a-t-elle rappelé. 

Elle a également souligné l'évolution des modes opératoires criminels. « La criminalité se transforme, se diversifie et se complexifie. De nouvelles formes d'infractions émergent, souvent facilitées par la porosité de nos frontières, l'expansion d'Internet et de l'intelligence artificielle.

Les groupes criminels ont de plus en plus de moyens d'action plus sophistiqués, rapides, plus discrets et transnationaux », a-t-elle observé. Face à cette mutation, les réponses judiciaires traditionnelles montrent leurs limites. 

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Innocentia Apovo Monteiro a présenté l'entraide judiciaire comme un outil stratégique majeur. « L'entraide judiciaire est l'arme la plus redoutable dont disposent nos États pour traquer les criminels là où ils pensent trouver refuge, pour geler leurs avoirs illicites et pour rendre justice aux victimes, quelle que soit leur nationalité.

Cependant, pour que cette arme soit efficace, elle nécessite une maîtrise parfaite et de la proactivité », a-t-elle insisté. La coopération entre États devient indispensable face à des criminels qui opèrent sans considération des frontières.

La coopération judiciaire, outil indispensable pour traquer les fugitifs

Le Garde des Sceaux, représenté par son directeur de cabinet, a affirmé la position du gouvernement. « La réponse judiciaire et policière ne peut être que coordonnée, efficace et résolument internationale », a-t-il déclaré.

Il a précisé que « l'entraide judiciaire incarne la solidarité entre les nations face aux menaces communes. Elle permet l'échange rapide d'informations sensibles, la coordination des enquêtes complexes, l'exécution des commissions rogatoires internationales et la traque implacable des fugitifs qui cherchent à échapper à la justice. »

La coopération et l'entraide judiciaires sont donc indispensables pour lutter efficacement contre ces formes de criminalité et sauvegarder les droits des populations. L'entraide judiciaire en matière pénale n'est plus une option, mais un impératif stratégique. Les magistrats et policiers doivent désormais penser leurs enquêtes dans une dimension internationale. 

Un atelier pour former, outiller et coordonner les acteurs judiciaires

L'atelier a été conçu pour atteindre trois objectifs majeurs. Premièrement, accroître la compréhension du cadre juridique national, régional et international régissant la coopération et l'entraide judiciaires en matière pénale.

Les participants ont exploré les instruments nationaux, les accords régionaux de l'Union Africaine, de la CEDEAO et de l'UEMOA, ainsi que les conventions internationales des Nations Unies, la convention de Budapest, et les protocoles d'INTERPOL. 

Deuxièmement, renforcer les compétences opérationnelles des magistrats et officiers de police judiciaire sur les procédures pratiques. La formation a porté sur la préparation, la transmission et l'exécution des demandes d'entraide judiciaire et d'extradition. Comme l'a précisé la Directrice du BCEJ, l'objectif n'était pas de faire un cours magistral, mais de « vous fournir une boussole claire et pratique » pour guider l'action quotidienne des professionnels. 

Troisièmement, favoriser la coordination inter-institutionnelle entre les autorités judiciaires et policières impliquées dans les procédures d'entraide. La fluidité des échanges entre les différents acteurs conditionne l'efficacité des demandes internationales. Les participants ont pu identifier les goulots d'étranglement et proposer des solutions pour améliorer la circulation des informations. 

Un investissement durable dans les compétences des acteurs judiciaires

Le représentant du Garde des Sceaux a insisté sur le caractère durable de cet investissement. « Les compétences que vous acquerrez au cours de cet atelier constituent un investissement durable pour nos institutions. Elles vous permettront de traiter les dossiers les plus complexes avec rigueur, efficacité et en conformité aux normes internationales », a-t-il souligné. La formation des acteurs judiciaires s'inscrit dans une stratégie de long terme pour renforcer l'État de droit. 

La tenue de cet atelier témoigne de la volonté du Bénin de s'adapter aux nouvelles menaces sécuritaires. Le pays renforce ses capacités à coopérer avec ses partenaires internationaux pour traquer les criminels transnationaux.

Les magistrats et officiers de police judiciaire disposent désormais d'outils actualisés pour mener des enquêtes efficaces dans un environnement globalisé.

Hervé Atika