Les faits reprochés à l'homme d’affaires français Vincent Bolloré remontent à l’année 2010, lors des élections présidentielles au Togo et en Guinée. La justice française soupçonne certaines filiales du groupe Bolloré d’avoir apporté un soutien logistique et communicationnel aux campagnes de Faure Gnassingbé et de Alpha Condé.

Selon l’accusation, ces prestations auraient été facturées à des tarifs anormalement bas. En contrepartie, le groupe aurait obtenu des avantages stratégiques majeurs, notamment la gestion des ports de Lomé et de Conakry, deux infrastructures clés pour le commerce régional.

Une enquête au long cours

L’affaire dite des « ports africains » trouve son origine en 2013, après un signalement du ministère français de l’Économie. L’enquête, confiée au Parquet national financier, a progressivement mis au jour un système présumé mêlant intérêts économiques et appuis politiques.

En 2018, Vincent Bolloré ainsi que deux dirigeants de la filiale Euro RSCG devenue depuis Havas ont été mis en examen. Les qualifications retenues sont : « corruption d’agents publics étrangers » et « complicité d’abus de confiance », entre autres.

Une tentative d’accord rejetée par la justice

En 2021, l’industriel breton avait tenté de clore le dossier en reconnaissant les faits dans le cadre d’une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC). Il avait accepté le principe d’une amende de 375 000 euros afin d’éviter un procès.

Mais cette stratégie a échoué. Le tribunal judiciaire de Paris, sous l’impulsion de la magistrate Isabelle Prévost-Desprez, a refusé d’homologuer l’accord, estimant qu’un procès public s’imposait au regard de la gravité des faits. Cette décision a relancé la procédure judiciaire dans sa forme classique.

Un procès désormais inévitable

Depuis ce refus, la défense de Vincent Bolloré a multiplié les recours pour tenter d’annuler les poursuites, sans succès. Le renvoi devant le tribunal correctionnel marque donc une étape décisive dans ce dossier emblématique des relations entre grandes entreprises françaises et marchés africains.

Le procès prévu en décembre 2026 devrait permettre d’éclairer en détail les mécanismes présumés ayant conduit à l’obtention de concessions portuaires stratégiques, et de déterminer les responsabilités pénales de chacun des protagonistes.