La décision des juges de l’attaque de Kafolo a été accueillie dans un climat mêlé de gravité et de tension, lundi 27 avril à Abidjan. Dans une salle d’audience bondée, où des sièges supplémentaires ont dû être installés pour accueillir l’ensemble des prévenus et du public. Six accusés, présentés comme les exécutants directs de l’assaut, ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité. Une sanction particulièrement sévère, d’autant qu’elle dépasse les réquisitions du parquet, qui n’avait requis cette peine que pour cinq d’entre eux.
Par ailleurs, dix-sept autres personnes ont été reconnues coupables d’avoir contribué à une entreprise terroriste, notamment en apportant un soutien logistique aux assaillants. Elles ont écopé de 20 ans d’emprisonnement.
Le tribunal a en revanche acquitté 21 accusés, une issue saluée par la défense. Me Mohamed Lamine Koné, avocat commis d’office, a estimé que plusieurs d’entre eux s’étaient retrouvés impliqués « à la faveur d’un concours de circonstances malheureux », soulignant ainsi les zones d’ombre qui ont entouré certaines interpellations.
Ce procès s’inscrit dans la continuité des grandes affaires liées au terrorisme jugées dans le pays, après notamment celui des attentats de Grand-Bassam. Il trouve son origine dans l’attaque meurtrière perpétrée dans la nuit du 10 au 11 juin 2020 à Kafolo, localité frontalière du Burkina Faso. Une trentaine d’hommes armés avaient alors pris pour cible un poste militaire ivoirien, causant la mort de 14 soldats. L’opération avait été revendiquée par la Katiba Macina, groupe affilié à Al-Qaïda.
À la suite de cette attaque, une vaste vague d’arrestations avait été menée, conduisant à l’interpellation d’une centaine de suspects. Seuls 45 d’entre eux ont finalement comparu devant la justice. L’organisation du procès a mobilisé d’importants moyens sécuritaires et logistiques, incluant notamment le recours à un interprète en langue peule pour garantir la compréhension des débats.
Au fil des audiences, deux accusés, Ali Sidibé, alias « Sofiane », et Hassane Diallo ont reconnu leur implication dans les faits. Pour le ministère public, cette procédure judiciaire incarne à la fois « la résilience de l’État de droit » et un devoir de mémoire envers les membres des forces de défense tombés lors de l’attaque.
Les condamnés disposent désormais d’un délai de 20 jours pour interjeter appel de cette décision.
