La requête, introduite le 24 avril par l’avocat Koffi Sylvain Mensah Attoh, s’appuie sur plusieurs mois d’enquête et vise à faire reconnaître la responsabilité conjointe de la Côte d’Ivoire et du Bénin dans ce que RSF décrit comme une série d’atteintes aux droits humains : enlèvement, transfert extrajudiciaire, détention arbitraire et atteinte à la liberté de la presse.

Les faits remontent à juillet 2025. Hugues Comlan Sossoukpè, fondateur du média d’investigation Olofofo et réfugié politique au Togo depuis 2021, se rend à Abidjan à l’invitation du ministère ivoirien de la Transition numérique et de la Digitalisation. Selon RSF, cette invitation aurait servi de cadre à une opération coordonnée impliquant des agents béninois, avec l’appui des autorités ivoiriennes.

L’organisation affirme que « Hugues Comlan Sossoukpè a été victime d’un enlèvement, d'une séquestration, d’un transfert forcé ainsi que d’une arrestation arbitraire », des faits qu’elle étend également au cas d’Ali Moumouni.

Détention prolongée et procédures judiciaires

Depuis son transfert, Hugues Comlan Sossoukpè est détenu dans des conditions strictes, avec un isolement prolongé jusqu’au début de l’année 2026, avant des visites limitées de ses proches. Les autorités béninoises le poursuivent pour « harcèlement par le biais d’un système informatique », « rébellion » et « apologie du terrorisme ».

Quelques jours après son arrestation, une seconde interpellation vient élargir l’affaire. Le 16 juillet 2025, Ali Moumouni, ancien journaliste du groupe Canal 3, est arrêté à Cotonou lors d’une formation. Il est soupçonné d’entretenir des liens avec le média Olofofo depuis septembre 2024.

Placé sous mandat de dépôt, il est poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, dont « incitation à la violence et à la rébellion », « harcèlement par le biais de communications électroniques » et « apologie du terrorisme ». Contrairement à Sossoukpè, il partage sa détention avec d’autres prisonniers et a accès à son avocat ainsi qu’à certains membres de sa famille.

Sa première comparution, tenue le 25 mars après plus de huit mois de détention, avait été interrompue pour des raisons de santé. L’examen du dossier a repris à la mi-avril.

Dans sa saisine, RSF demande à la juridiction communautaire de constater les violations alléguées, d’ordonner la libération immédiate des deux journalistes, ainsi que la réparation des préjudices subis.