Un tournant majeur dans ce dossier. La Cour d’appel de Paris a non seulement annulé cette décision, mais a également ordonné la poursuite de l’instruction visant la veuve de l’ancien président Juvénal Habyarimana. Cette dernière est visée depuis 2008 par une enquête en France pour « complicité de génocide » et « crimes contre l’humanité ».
Les faits selon les parties civiles
Une figure centrale du pouvoir hutu est pointée du doigt. Selon les parties civiles, Agathe Habyarimana aurait dirigé l’« Akazu », cercle rapproché du pouvoir en place à l’époque. À ce titre, elle aurait joué un rôle actif dans la planification et l’exécution des massacres visant les Tutsis.
« Les parties civiles, comme le parquet, estiment qu’il existe suffisamment d’éléments pour qu’elle soit renvoyée devant une cour d’assises », a expliqué Me Emmanuel Daoud, avocat de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).
« Selon nous, elle aurait participé à l’établissement de listes de personnalités hutus modérées et de Tutsis à éliminer. Plusieurs témoins la mettent en cause lors de réunions de préparation d’actes génocidaires au sein de l’Akazu. Compte tenu des termes de l’ordonnance rendue par les juges d’instruction, nous avons estimé, comme les autres parties civiles, qu’il fallait faire appel », a-t-il ajouté.
Vers un nouveau bras de fer judiciaire
L’annulation du non-lieu ouvre la voie à de nouvelles investigations. Les parties civiles et le Parquet national antiterroriste (Pnat) reprochent notamment aux juges d’avoir écarté certains témoignages et éléments historiques jugés déterminants.
Elles espèrent désormais une reprise des actes d’instruction, incluant de nouvelles auditions d’Agathe Habyarimana ainsi que d’éventuelles investigations sur le terrain, au Rwanda.
En août 2025, la justice française avait prononcé un non-lieu en faveur de l’ex-Première dame, estimant qu’« il n’existait pas de charges suffisantes » contre elle.
Dans cette ordonnance, Agathe Habyarimana était présentée « non pas comme une auteure du génocide, mais comme une victime » de l’attentat contre l’avion de son mari, le président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. Cet événement avait déclenché le génocide qui a fait plus de 800 000 victimes, principalement des Tutsis et des Hutus modérés.
Isidore Atindeyetin
