L'audience s'est ouverte à 10h26 au tribunal de Cotonou. Les accusés sont arrivés en salle. L'ancien directeur général de la police nationale, Louis Philippe Houndégnon, les a accompagnés.
Le président du tribunal a rappelé le contexte du renvoi précédent. Le dossier avait été ajourné pour permettre la comparution de plusieurs témoins clés.
Le ministère public a fait un point sur les recherches en cours. Il a indiqué que les investigations menées pour retrouver madame Houndégla et monsieur Honfo sont restées vaines. Il a précisé que le commissaire Boko se trouve actuellement en mission.
L'audition de l'ex-directeur général de la police nationale
Le ministère public a proposé que Louis Philippe Houndégnon patiente dans une salle réservée aux témoins. Le président du tribunal a néanmoins choisi de l'inviter directement à la barre. Le témoin a prêté serment avant de répondre aux questions.
L'avocat de la défense a d'abord interrogé Louis Philippe Houndégnon sur ses fonctions occupées en août 2010. Il l'a également questionné sur la date à laquelle il a pris connaissance du dossier de Pierre Urbain Dangnivo. L’ex-officier supérieur de la police républicaine qui comparaît devant le tribunal en tant que témoin a répondu qu'il n'avait pas été associé aux recherches menées à l'époque pour retrouver le disparu Pierre Urbain Dangnivo.
Louis Philippe Houndégnon a ensuite livré des éléments sur l'identité du meurtrier présumé. Il a affirmé avoir été informé par un dénommé Aguiah Bernardin, décrit comme un informateur professionnel. « C'est Isidore Akpon qui a tué Pierre Urbain Dangnivo. J'ai été informé par un informateur professionnel », a-t-il déclaré à la barre, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.
Il a précisé que cet informateur avait permis de localiser Akpon Isidore à Lomé, capitale togolaise. Interrogé sur la transmission de ces informations aux enquêteurs chargés du dossier, l'ancien policier a affirmé avoir remonté l'information à sa hiérarchie. Il soutient que sa hiérarchie n'y avait donné aucune suite.
L’ex-Dgpn a rapporté avoir reçu une consigne implicite d'abandonner ses recherches, sans obtenir de reconnaissance sur ce dossier. Louis Philippe Houndégnon a affirmé avoir néanmoins tenté de faire remonter le nom d'Akpon Isidore jusqu'aux juges en charge du dossier. Il a précisé que ce dernier avait déjà commis un triple meurtre et se trouvait en détention avant d'être libéré dans des circonstances qu'il a jugées suspectes.
Il a justifié la fiabilité de son informateur par les méthodes de travail habituelles de la police. Il a ensuite dénoncé l'influence de la politique sur le traitement du dossier.
« La politisation de cette affaire n'a pas permis de savoir ce qui s'est passé », a-t-il déclaré.
« Dans le dossier Dangnivo, la politique a pris le pas sur la vérité », a-t-il ajouté.
Une suspension d'audience a suivi cette déclaration. Elle visait à permettre à l'ancien directeur général de la police de communiquer un nom précis. À la reprise des débats, Louis Philippe Houndégnon a détaillé le profil d'Akpon Isidore.
Il a affirmé que les antécédents criminels de ce dernier le désignent comme un auteur habituel de meurtres violents. Il a évoqué le mobile du meurtre de Pierre Urbain Dangnivo comme lié à un cambriolage du Trésor public. Houndégnon a précisé que le meurtrier présumé aurait dérobé des clés du trésor dont disposait Pierre Urbain Dangnivo.
Interrogé sur ses liens avec l'accusé principal Alofa, Louis Philippe Houndégnon a affirmé ne pas connaître Alofa. Il a indiqué avoir appris son évasion de prison. L’officier a précisé qu'Alofa détenait un téléphone portable au moment de sa fuite. Il a ajouté que le président de la République avait rassemblé les forces de l'ordre après 2013 pour organiser sa recherche.
Le colonel Enock Laourou a ensuite été entendu par le tribunal. Il a déclaré avoir reçu un appel téléphonique. Il a précisé s'être rendu à la caserne du camp Guézo à la suite de cet appel.
Donatien Amoussou met en cause la présidence de la République
Donatien Amoussou, second accusé du dossier, a pris la parole devant la barre. Il a d'abord retracé son parcours judiciaire. Il a déclaré avoir été extrait de prison le 13 juin 2013 pour être conduit vers les services de renseignement.
Il conteste ensuite sa qualité d'accusé. Il a affirmé que les faits reprochés se sont déroulés à la présidence de la République.
« Tout se passait à la présidence de la République. Je suis sur papier comme un accusé mais dans ma tête, je suis un témoin. Ce sont monsieur Koumassegbo, Laourou qui doivent être devant vous mais ils sont libres de leur mouvement et moi je suis en prison depuis 16 ans », a-t-il déclaré.
Il a détaillé les circonstances qui, selon lui, ont motivé son maintien en détention.
« C'est quand j'ai refusé d'aller remettre le téléphone portable de Dangnivo à Océan FM que j'ai signé mon arrêt de mort », a-t-il déclaré.
Donatien Amoussou a par ailleurs affirmé s'être rendu à plusieurs reprises au domicile de l'ex-commandant de la garde présidentielle, le colonel Séverin Koumassegbo, sur invitation de ce dernier. Koumassegbo a rejeté ces déclarations lors de sa réaction. L'audience a été suspendue, puis reprise peu après.
Prince Alledji revient sur les circonstances de l'exhumation
Prince Alledji, contrôleur général de la police à la retraite, a été entendu sur plusieurs points de contradiction relevés dans le dossier. Il s'est inscrit en faux contre l'affirmation selon laquelle il aurait personnellement indiqué à Alofa l'emplacement du corps à Womey.
Il a affirmé s'être trouvé sur place le jour de l'exhumation. Il a précisé que des barrages avaient été mis en place pour empêcher la population environnante d'envahir les lieux. Il a estimé probable que la zone ait déjà été circonscrite avant l'arrivée des équipes sur le terrain.
Il a livré des détails sur l'état du corps retrouvé. Il a évoqué la présence de restes de chair à certains endroits. Il a précisé qu'une main n'était pas totalement calcinée.
« Je pense qu'après le meurtre, ils ont essayé de trouver du bois pour brûler le corps. Mais une main n'était pas totalement brûlée », a-t-il déclaré.
Il a affirmé que les diligences nécessaires avaient été accomplies à l'époque des faits. Il a également rapporté des propos qu'Alofa lui aurait tenus concernant la crémation du corps.
« Alofa m'a dit que le bûcher a été fait sur la tombe », a-t-il déclaré.
Prince Alledji est ensuite revenu sur la garde à vue d'une femme qui aurait fait un enfant à Dangnivo, survenue le 18 août 2010. Cette femme a été interpellé à la suite d'une plainte déposée par la famille Dangnivo. Il a précisé que le commissaire en fonction avait reçu, le lundi suivant, les plaignants, son adjointe ainsi que la personne gardée à vue dans son bureau.
Codjo Alofa accuse le commissaire Prince Aledji
Codjo Alofa a ensuite été entendu à son tour. Il a affirmé avoir été conduit sur les lieux par d'autres personnes, sans en être à l'initiative. Il a déclaré que son épouse et son voisin avaient été arrêtés à cette période. Il a affirmé que cette arrestation avait servi à faciliter l'enterrement du corps.
Il a nié connaître Donatien Amoussou avant cette affaire. Alofa a désigné le commissaire Prince Alledji comme étant à l'origine de sa décision de citer Donatien Amoussou comme coaccusé.
« C'est le commissaire Prince Alledji qui m'a fait désigner Donatien Amoussou comme coaccusé dans le dossier », a-t-il déclaré.
Débats sur la comparution des témoins et la durée de détention
Le ministère public a précisé que les parties estimant nécessaire la comparution de certaines personnes peuvent procéder elles-mêmes à leur convocation.
L'avocat de la partie civile a affirmé que la famille Dangnivo n'a désigné ni Amoussou Donatien ni Alofa comme suspects. Il a évoqué la comparution d'un huissier sur ce point précis.
L'avocat des accusés a rappelé la durée de détention de ses clients, soit seize années. Il a invoqué le dépassement du délai légal de jugement pour réclamer leur mise en liberté d'office.
« Nous demandons la mise en liberté d'office de Donatien Amoussou et de Codjo Alofa, si le dossier doit se poursuivre », a déclaré Me Julien Togbadja, avocat de Donatien Amoussou, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.
Le dossier renvoyé au 8 juillet
Après une nouvelle suspension, l'audience a repris en fin de journée. Le ministère public a estimé qu'il est temps de passer à la phase du jugement. Le tribunal a prononcé le renvoi du dossier pour la lecture des pièces, les réquisitions du ministère public et les plaidoiries des avocats
La liste des pièces doit être déposée par les parties au plus tard le mardi 7 juillet 2026. L'affaire a été renvoyée au mercredi 8 juillet 2026, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.
