Les réquisitions du parquet spécial dans le dossier de quatre prévenus arrêtés dans la tentative de Coup d'État du dimanche 7 décembre 2025. La CRIET a examiné, mardi 7 juillet 2026, le dossier de quatre prévenus poursuivis dans l'affaire du coup d'État déjoué contre le président Patrice Talon, le 7 décembre 2025. Il s'agit d’un douanier, d’un syndicaliste et deux autres personnes. Les prévenus comparaissent pour apologie de crime contre la sûreté de l'État, incitation à la haine et la violence, incitation à la rébellion et harcèlement par le biais d'un système électronique.

Le ministère public requiert cinq ans de prison ferme

Le ministère public était représenté par la cinquième substitut du procureur spécial près la CRIET. Il a demandé à la Cour de retenir les quatre prévenus dans les liens des faits de crimes contre la sûreté de l'État, de harcèlement par le biais d'un système électronique et d'incitation à la haine et à la violence.

Le représentant du ministère public a requis cinq ans de prison ferme contre chacun des prévenus. Il a également requis une amende de dix millions de francs CFA contre le douanier, le syndicaliste du Parti communiste du Bénin et les deux autres prévenus.

La défense conteste les réquisitions

Me Aboubacar Baparapé, avocat des quatre prévenus, a pris la parole après les réquisitions du ministère public. Il a contesté l'ensemble des charges retenues contre ses clients. Il a déclaré que le dossier était vide.

L'avocat a affirmé que ses clients ne célébraient pas le coup d'État conduit par le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Il s'est ensuite attardé sur le cas du syndicaliste du Parti communiste du Bénin. Selon lui, son client fêtait le 11 décembre 1989, date qui a mis fin à la dictature de Mathieu Kérékou, et non le putsch manqué du 7 décembre 2025.

Me Baparapé a conclu sa plaidoirie en demandant la relaxe pure et simple des quatre prévenus. Le dossier a été mis en délibéré. Le verdict est renvoyé au mardi 13 octobre 2026, rapporte l'envoyé spécial de la Libre Express.

Retour sur l'ouverture du dossier, le 3 février 2026

Le dossier a été ouvert devant la CRIET le mardi 3 février 2026. Les quatre prévenus avaient alors comparu pour s'expliquer sur les accusations mises à leur charge. La Cour leur avait présenté des messages, des audios et des vidéos jugés favorables aux putschistes du 7 décembre 2025.

Trois des quatre prévenus, dont le douanier, avaient été interpellés à Matéri. Ils étaient poursuivis pour avoir échangé avec le lieutenant-colonel Pascal Tigri le jour du coup d'État. Les trois hommes avaient plaidé non coupables.

L'un des prévenus avait reconnu avoir publié un message qualifiant les putschistes de « sauveurs ». Il avait justifié ce message par la volonté d'attirer l'attention des autorités sur la nécessité de redresser l'ordre politique du pays. Il avait déclaré devant la Cour : « Si c'était avant le coup d'État, je comprendrais mais après le coup d'État déjà il n'y aura de pensée à soutenir une telle action ».

Un lien d'enfance avec le chef des putschistes

L'instruction du dossier avait révélé des échanges téléphoniques entre l'un des prévenus et le lieutenant-colonel Pascal Tigri. Le prévenu avait reconnu ces échanges. Il avait expliqué que le chef des putschistes était un ami d'enfance, originaire de Tanguiéta.

Selon ses déclarations, il avait appelé Pascal Tigri le jour du coup d'État pour vérifier les informations qui circulaient sur son implication. Le lieutenant-colonel aurait confirmé le putsch et l'aurait invité à le soutenir. Le prévenu avait ensuite transmis cette confirmation à ses proches.

Le douanier accusé d'absence injustifiée

Le douanier avait été mis en cause pour avoir échangé avec Pascal Tigri au téléphone, devant un groupe de jeunes mobilisés pour une récolte de maïs. Il avait déclaré : « Quand j'ai pris le téléphone, le lieutenant-colonel a demandé de manifester pour le soutenir ». Il avait affirmé n'avoir jamais donné suite à cette demande.

Le douanier était également accusé de s'être absenté de son poste les 6 et 7 décembre 2025 sans motif. Il avait répondu à cette accusation : « J'étais de repos les 6, 7 et 8 décembre ». La Cour lui avait demandé de fournir des preuves de ses déclarations.

Le frère du douanier, enseignant du secondaire, avait rejeté toute accusation de soutien aux putschistes. Il avait mobilisé les jeunes de son association pour une récolte de maïs dans son champ de huit hectares. Les trois prévenus interpellés à Matéri n'avaient pas pris de service d'avocat lors de cette première audience.

Une demande de liberté provisoire déjà rejetée pour le syndicaliste

Le syndicaliste, membre du Parti communiste du Bénin (PCB), avait été interpellé à Akpro-Missérété après une manifestation. La Cour avait relevé des slogans hostiles aux troupes étrangères présentes au Bénin, scandés lors de cette manifestation.

Le prévenu avait présenté cette manifestation comme une commémoration du 11 décembre 1989, sans lien avec le coup d'État déjoué du 7 décembre 2025. Son avocat avait sollicité une mise en liberté provisoire. Le ministère public avait requis le rejet de cette demande. La magistrate avait justifié sa décision par l'instruction en cours du dossier, afin d'éviter une collusion entre les mis en cause.

Le dossier avait été renvoyé au 17 mars 2026, avant l'audience du 7 juillet 2026 au cours de laquelle les réquisitions ont été prononcées. Le verdict est désormais attendu le mardi 13 octobre 2026, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.