Le verdict est tombé ce lundi 27 juillet 2026. La chambre correctionnelle de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET) a statué publiquement et contradictoirement en premier ressort dans le dossier de Samuel Akindes Adékambi, ex-chef du 12ème arrondissement de Cotonou. La Cour l'a reconnu coupable des faits d'abus de fonction.
Pour ces faits, Samuel Akindes Adékambi écope de soixante (60) mois de prison ferme, soit cinq (5) ans, assortis d'une amende de cinq millions de FCFA. La peine correspond, dans sa partie ferme, aux réquisitions formulées trois semaines plus tôt par le ministère public, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.
La Cour a par ailleurs pris deux décisions accessoires. Elle a donné acte à Yasmine Comlan, assistante du plaignant Lionel Talon, de ce qu'elle ne se constitue pas partie civile dans ce dossier. Elle a également ordonné la restitution à Lionel Talon d'une somme de trois millions de FCFA, consignée à la Caisse des dépôts et consignations (CDC) par le prévenu au cours de la procédure.
Samuel Akindes Adékambi dispose désormais de quinze jours pour interjeter appel de la décision rendue par la chambre de jugement de la CRIET, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.
Un dossier noué autour d'un projet communautaire
Le procès trouve son origine dans un projet porté à Akogbato, quartier du 12ème arrondissement de Cotonou. Samuel Akindes Adékambi et Lionel Talon entretenaient une relation remontant à trois ans lorsque le premier avait sollicité l'accompagnement du second pour construire un terrain de football destiné aux jeunes du quartier.
Le projet initial, dessiné par un cabinet d'architecture mandaté par Lionel Talon, ne prévoyait qu'un centre culturel, baptisé Eya, sans aucun espace sportif. Samuel Akindes Adékambi s'y était opposé. Le plan avait ensuite été revu pour intégrer le terrain de football réclamé.
C'est dans le sillage de ce projet que deux mouvements de fonds allaient nourrir l'accusation. Lors de l'audience du 1er juin 2026, le prévenu avait catégoriquement nié avoir perçu deux cent mille FCFA destinés à financer un cocktail pour les jeunes du terrain d'Akogbato. Il avait en revanche admis avoir reçu trois millions de FCFA, tout en soutenant que cette somme lui avait été remise pour sa campagne présidentielle personnelle, et non pour le projet communautaire.
Selon ses déclarations, Lionel Talon lui aurait reproché son absence lors des précédentes campagnes électorales, avant de lui proposer un soutien financier. Le prévenu affirme avoir d'abord demandé cinq millions de FCFA, avant qu'un accord ne soit trouvé sur trois millions, remis par l'assistante de Lionel Talon dans un bureau, à l'issue d'une réunion de travail consacrée au projet d'Akogbato.
Samuel Akindes Adékambi avait indiqué que jamais auparavant il n'a perçu d'argent du plaignant. Il avait été interpellé par les agents de la Brigade économique et financière (BEF) quelques jours après cette remise de fonds, le 1er mai 2026, alors qu'il participait à une marche de remerciement organisée en l'honneur du président Patrice Talon.
Le témoignage clé de l'assistante du plaignant
Absente lors de la première audience, Yasmine Comlan avait vu ses déclarations à la Brigade économique et financière lues par la Cour en son absence. Elle s'est finalement présentée à la barre lors de la troisième audience, le 6 juillet 2026.
Devant les juges, elle avait confirmé avoir remis une somme de trois millions de FCFA à Samuel Akindes pour le compte de Lionel Talon. Elle n'avait toutefois pas précisé la destination exacte de ces fonds, indiquant ne pas savoir s'ils étaient destinés aux frais de campagne du prévenu ou au financement du projet de centre communautaire Eya.
Des réquisitions confirmées par le jugement
C'est à l'issue de cette troisième audience que le ministère public, représenté par le premier substitut du procureur spécial, avait pris ses réquisitions.
Le magistrat avait demandé à la Cour de retenir Samuel Akindes Adékambi dans les liens des faits d'abus de fonction, au regard de l'article 375 du Code pénal, et avait requis cinq ans de prison, dont deux fermes, ainsi qu'une amende de cinq millions de FCFA.
Face à ces réquisitions, les avocats de la défense avaient plaidé la relaxe pure et simple de leur client, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.
