Le professeur d'université visé par cette procédure entretient des liens anciens avec le Bénin. Il s'y est rendu à plusieurs reprises. Sa fille l'a accompagné lors de certains séjours. Il y a fait l'acquisition d'une résidence.
Une domestique assurait l'entretien de cette résidence. Elle travaillait pour le professeur pendant ses séjours au Bénin. C'est dans cet environnement que le mécanisme d'escroquerie a pris racine.
L'audience du lundi 27 juillet 2026 a permis de reconstituer ce mécanisme dans le détail. L'avocate de la victime a plaidé au nom du professeur, resté aux Etats-Unis. Elle a retracé devant la cour la chronologie complète des faits.
Des vidéos intimes utilisées comme moyen de pression
Selon les explications données à la barre, les auteurs de l'escroquerie détenaient des vidéos à caractère intime du professeur. La manière dont ces images sont entrées en leur possession demeure inconnue. Aucun élément du dossier n'a permis de l'établir à ce stade de la procédure judiciaire.
Ces vidéos sont devenues l'instrument central du chantage. Les mis en cause ont d'abord contacté directement leur victime. Une vidéo a été envoyée sur le numéro de téléphone américain du professeur. Ce dernier n'a donné aucune suite à ce message.
Un chantage redirigé vers la domestique
Face à ce silence, les auteurs du chantage ont changé de stratégie. Ils ont redirigé leurs envois vers le compte de la domestique du professeur, restée au Bénin. Le professeur, entre-temps, avait regagné les Etats-Unis.
Les mis en cause ont alors fixé une première exigence financière. Ils ont réclamé 4000 dollars américains à leur victime. Une phase de négociation s'est ouverte entre les deux parties. Elle a abouti à un versement de 500 dollars. Le professeur a réglé cette somme, persuadé que l'affaire était close.
Cette accalmie n'a été que passagère. Les auteurs de l'escroquerie ont relancé leurs menaces peu après. Ils ont exigé un nouveau paiement. Le professeur a cette fois refusé de céder.
Ce refus a entraîné une escalade dans l'exécution des menaces. Les mis en cause ont mis leur projet à exécution. La vidéo intime du professeur a été transmise directement sur le site de son université, aux Etats-Unis.
Une enquête ouverte au sein de l'université
Selon l'avocate de la victime, cette diffusion a eu des répercussions immédiates sur la situation professionnelle du professeur. Une enquête interne a été ouverte à son encontre au sein de son établissement universitaire. Sa réputation académique s'est trouvée directement exposée.
C'est cette conséquence qui a précipité la décision du professeur. Il a choisi de porter l'affaire devant la justice béninoise.
La plainte au CNIN et l'interpellation du prévenu
Le professeur a déposé une plainte auprès du Centre national d'Investigation Numérique (CNIN). Les enquêteurs se sont saisis du dossier. Une première interpellation est intervenue dans le cadre de cette enquête.
La personne interpellée a livré des éléments déterminants aux enquêteurs. Elle a désigné le prévenu jugé le lundi 27 juillet 2026 comme le véritable instigateur de l'arnaque. Cette déclaration a conduit à l'interpellation du jeune homme.
Placé en garde à vue puis déposé en prison, le prévenu a contesté son implication. Il a nié toute participation aux faits qui lui sont reprochés.
Une proximité relevée avec l'entourage de la victime
Les éléments présentés lors de l'audience font état d'une proximité entre le prévenu et l'entourage du professeur. Selon la défense, le prévenu connaissait la domestique de la victime. Il l'aurait accompagnée dans une démarche administrative auprès de l'Agence nationale d'Identification des Personnes (ANIP), pour l'établissement de pièces d'identité.
L'avocate de la victime a formulé une demande particulière devant la cour. Elle a sollicité la publication de la décision judiciaire au journal officiel de la République du Bénin. Cette demande vise à donner une portée publique au jugement à venir.
Les réquisitions du procureur
Le procureur n'est pas revenu en détail sur le déroulement des faits lors de son intervention. Il est allé directement à ses réquisitions. Le magistrat a demandé à la cour de condamner le jeune homme à cinq ans de prison ferme.
Le ministère public a également requis une amende d'un million de francs CFA. Le procureur a demandé que le prévenu soit retenu dans les liens de la prévention pour escroquerie via Internet. Il a demandé à la Cour de faire droit aux demandes de la partie civile.
La défense conteste l'existence de preuves
L'avocat de la défense a pris la parole après les réquisitions du parquet. Il a relativisé la portée des faits reprochés à son client. Il a rappelé que le prévenu avait aidé la domestique du professeur à acquérir une carte SIM.
Cette carte SIM était destinée à un enrôlement auprès de l'ANIP. L'avocat a insisté sur l'absence d'éléments matériels dans le dossier. Aucune pièce, selon lui, ne démontre que son client a transmis ce numéro aux auteurs de l'arnaque. Il a demandé à la cour de tenir compte de cette absence de preuve dans son appréciation du dossier.
Au terme de l'audience, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme a mis le dossier en délibéré. La décision sera rendue au mois d'octobre 2026, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.
