Le procès du tiktokeur Luc Mègnigbèto, alias « Le Russe » ou « le général », s’est poursuivi le lundi 26 octobre 2026 devant la chambre correctionnelle de la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET). À cette audience, les débats ont porté sur les irrégularités dénoncées par la défense, les faits reprochés au prévenu et les réquisitions du ministère public.

La défense dénonce des irrégularités de procédure

À l’ouverture de l’audience, Me Agbado, avocat de Luc Mègnigbèto, a pris la parole pour contester plusieurs actes de la procédure engagée contre son client.

L’avocat a notamment relevé un décalage entre la date de l’interpellation du prévenu et celle de la notification de sa garde à vue. Selon ses explications, son client a été interpellé le 14 avril 2026, mais sa garde à vue ne lui a été notifiée que le lendemain, soit le 15 avril 2026. Il estime que cette situation est contraire aux dispositions légales applicables.

Me Agbado a également contesté les conditions de prolongation de la garde à vue. Il a indiqué que cette prolongation n’aurait été notifiée à son client que le huitième jour, le 22 avril 2026.

L’avocat a, par ailleurs, dénoncé les perquisitions et les saisies effectuées au domicile du prévenu, qu’il estime réalisées sans mandat d’un juge. Sur la base de ces griefs, il a demandé à la Cour de constater la nullité de la procédure et d’ordonner la remise en liberté de son client.

Le ministère public conteste les irrégularités soulevées

En réponse aux observations de la défense, le premier substitut du procureur spécial près la CRIET a indiqué que des pièces versées au dossier démontreraient, selon le parquet, que les actes de procédure ont été accomplis conformément aux règles applicables.

Le ministère public a demandé à la Cour de joindre au fond les moyens soulevés par l’avocat de la défense, afin qu’elle puisse les examiner et statuer sur ces contestations.

Les débats se sont ensuite poursuivis avec les réquisitions du parquet spécial contre Luc Mègnigbèto, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.

Les lives TikTok et les messages WhatsApp au cœur des réquisitions

Dans ses réquisitions, le représentant du ministère public est revenu sur les activités du prévenu sur les réseaux sociaux après la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025 au Bénin.

Selon le parquet, Luc Mègnigbèto aurait animé plusieurs directs sur TikTok et diffusé des messages de soutien aux auteurs présumés de cette tentative de renversement des institutions, notamment dans des groupes WhatsApp.

Le ministère public lui reproche également d’avoir reçu sur l’un de ses panels Sabi Sira Korogoné, un opposant recherché par la justice béninoise dans le cadre de cette affaire. Le prévenu aurait, selon l’accusation, justifié la tentative de coup d’État.

À l’issue de son analyse des faits, le parquet spécial a estimé que Luc Mègnigbèto s’était rendu coupable des faits de harcèlement par le biais d’une communication électronique, d’incitation à la rébellion et d’apologie de crimes contre la sûreté de l’État.

Le ministère public a ainsi requis cinq ans de prison ferme et une amende de 500 000 FCFA contre le tiktokeur, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.

L’avocat dénonce une procédure menée « en cachette »

Après les réquisitions du ministère public, la défense a pris la parole pour présenter ses plaidoiries en faveur du prévenu.

Dans son intervention, Me Agbado a notamment dénoncé ce qu’il a qualifié de « procédure menée en cachette contre son client ».

Invité à prendre la parole en dernier, Luc Mègnigbèto s’est adressé aux juges en sollicitant leur discernement. « Monsieur le Président, je suis impuissant », a-t-il déclaré, après avoir demandé à Dieu de donner de la clairvoyance aux juges de la Cour, rapporte l'envoyé spécial de Libre Express.

Le verdict du procès a été fixé au lundi 14 décembre 2026. À l’issue de cette audience du lundi 26 octobre 2026, le ministère public a donc requis une peine de cinq ans de prison ferme et une amende de 500 000 FCFA contre le prévenu. La peine requise constitue une demande du parquet et ne préjuge pas de la décision que rendra la juridiction spéciale.