Reckya Madougou et Joël Aïvo pourront-ils bénéficier d’une libération de la prison au Bénin ? Interrogé ce mercredi 28 décembre 2022 par RFI, le ministre d’État Abdoulaye Bio Tchané a d’abord refusé de se prononcer avant d’évoquer deux solutions possibles pour la libération des deux opposants condamnés par la CRIET. 

“Il ne m'appartient pas de juger de cela. Ils ont été jugés et condamnés. Je veux rappeler que dans des cas de ce genre, il n'y a que deux voies. La voie de l'amnistie et la voie de la grâce présidentielle. Aujourd'hui, il est prématuré de dire ce qui va être fait, encore faudrait-il que dans leur position, on sent une volonté aussi de participer à cet apaisement”, a-t-il déclaré au micro du média français.

Voici l'intégralité de l'interview


Sept partis, dont trois se réclament de l'opposition, sont en lice pour les législatives du 8 janvier, aux dernières élections législatives en 2019 l'opposition n'avait pas pu se présenter. Est-ce que cette fois, une élection plus ouverte, c'est une bonne chose ?

Oui, bien sûr, c'est une bonne chose pour le pays dans son ensemble, pour notre système démocratique. C'est une bonne chose aussi pour ces partis qui participent aujourd'hui.

Un match plus ouvert, c'est aussi un match plus dur. Est-ce que vous abordez cette élection différemment ?

Bien, cette élection est plus compétitive. Mais pour nous, ça ne change pas grand-chose en termes d'objectif. Notre objectif est clair, c'est de sortir de ces élections en tant que premier parti politique du Bénin. Et donc c'est pour nous effectivement un bon test.

En 2019, la participation avait été inférieure à 30 % en raison justement de la non-participation de l'opposition aux élections législatives. Est-ce que cette fois, vous pensez que ce scrutin peut faire revenir les électeurs aux urnes ?

Forcément par rapport à 2019. Mais je veux rappeler qu'il y a eu des élections dont la participation a été meilleure. aujourd'hui avec sept partis en compétition, nous espérons que la participation sera la meilleure. On verra bien.

Il y avait eu des tensions aussi lors des derniers scrutins. Vous vous attendez à des élections plus apaisées ?

Oui, forcément. Ceux qui ont pensé qu'en troublant la paix dans le pays, ils pouvaient imposer leurs démarches au pays, participent aujourd'hui. Et je pense donc ils n'ont pas de raison de s'engager dans des troubles à nouveau,

Le parti les démocrates participent à ce scrutin. Mais l'opposante Reckya Madougou, condamnée à 20 ans de prison, est toujours en détention, le Groupe de travail de l'ONU sur la détention arbitraire réclame sa libération. Joël Aïvo est en prison également. Est-ce qu'après ces élections, un geste envers eux est envisageable ?

Il ne m'appartient pas de juger de cela. Ils ont été jugés et condamnés. 

Je veux rappeler que dans des cas de ce genre, il n'y a que deux voies. La voie de l'amnistie et la voie de la grâce présidentielle. Aujourd'hui, il est prématuré de dire ce qui va être fait, encore faudrait-il que dans leur position, on sent une volonté aussi de participer à cet apaisement.

Là, on est quand même dans un climat plus apaisé ?

Oui, il y a un climat plus apaisé. Et on a besoin de consolider ce climat, il faut que tout le monde y participe.

Est ce que malgré la menace djihadiste dans certaines zones frontalières au nord du Bénin, vous pouvez faire campagne partout ?

Écoutez, moi, je suis au nord, où, je fais campagne. J'ai circulé déjà dans quelques circonscriptions du nord du pays. De ce que je vois, le gouvernement a pris des mesures de sécurité très importantes qui nous assurent que les élections auront lieu dans tous les arrondissements et dans toutes les communes de notre pays.

On peut acheminer le matériel électoral actuellement partout sur tout le territoire béninois ?

Je pense, je vois les gens circuler un peu partout et donc il n'y a pas de raison que ce matériel n'y arrive pas.

L'un des autres sujets de préoccupation pour les Béninois, c'est le coût de la vie. Ces derniers mois, il y a eu plusieurs manifestations de syndicats contre la vie chère. Que vous demandent les électeurs à ce sujet ? Que pouvez-vous faire pour ça ? 

Le gouvernement du président Talon a pris des mesures. D'abord, subventionnez massivement un certain nombre de produits de consommation courant. Ensuite, le gouvernement a pris des mesures d'accroissement des salaires des fonctionnaires de l'État. Et donc, c'est dans cette direction que nous entendons poursuivre avec le gouvernement.

Il y a eu ces mesures effectivement, mais certains entrepreneurs se plaignent du poids des impôts ?

L'impôt est d'abord une obligation, mais ensuite, c'est avec l'impôt qu'un pays comme le Bénin peut se construire. Nous ne sommes pas un pays avec des ressources minières infinies comme d'autres. Et donc, notre économie est assise essentiellement sur la perception des impôts. Et donc oui, il peut y avoir des raisons de se plaindre, mais c'est aussi vrai que, dans l'ensemble, l'économie béninoise n'est pas suffisamment fiscalisée.

Il y a des plaintes également sur les restrictions du droit de grève. Que répondez-vous aux personnes qui disent que le Bénin recule dans ses libertés sociales ?

Nous avons besoin dans un pays comme le Bénin, que les travailleurs soient au travail. Nous avons engagé des résultats aussi bien dans le secteur de la santé que dans le secteur de l'éducation incroyable. 

Parce que justement, nous n'avons pas connu de grèves depuis trois ans. Et donc, même si certains peuvent se plaindre théoriquement de ce que le droit de grève a été restreint. Au Bloc républicain, nous sommes en soutien à ces mesures parce que nous en voyons les résultats.

Ces législatives vous préparent aussi pour la présidentielle de 2026. Le Président Patrice Talon ne sera pas candidat 

Eh bien, il a dit plusieurs fois, je crois qu'il faut se référer à ce qu'il a dit. Je n'en dirai pas plus.

Et donc, il faut préparer sa succession. Vous le faites au bloc républicain ?

Notre ambition est de prendre et d'exercer le pouvoir. Mais, il est un fait que c'est prématuré de parler d'élection présidentielle de 2026 alors même que nous sommes au milieu d'une élection qui est très importante pour le parti et pour les autres partis. 

Transcription : Libre Express