C'est un cri d'alarme qu'a poussé ce jeudi matin le député Michel François Oloutoyé Sodjinou. Coordonnateur de la 19e circonscription électorale du parti Les Démocrates (LD), cet élu du parti a publié une déclaration fracassante pour dénoncer le processus ayant conduit à la désignation du duo Renaud Agbodjo-Jude Lodjou comme candidat à l'élection présidentielle de 2026.
Dans un texte cinglant, le parlementaire n'a pas mâché ses mots pour critiquer la "dérive" de la gouvernance du parti depuis le changement de direction lors du congrès de 2023 à Parakou. "Lorsque nous avons fondé Les Démocrates, c'était pour offrir au peuple béninois une véritable alternative : une force politique unie, libre, respectueuse des valeurs de justice et de démocratie. Nous voulions bâtir un parti où chaque voix compte, où le mérite prime sur les vieux démons du sectarisme, des clivages régionaux voire ethniques. Aucun de nous ne pouvait imaginer que nous allions sombrer dans une telle crise de gouvernance du parti comme ce à quoi nous avons assisté ces dernières années", regrette-t-il.
Dénonçant un "fonctionnement fermé, dominé par quelques-uns" et des "décisions prises dans l'ombre, sans consultation, sans transparence", le député Sodjinou accuse l'ancien président du parti, Éric Houndété, d'avoir été "dépouillé" de son poste, entraînant des "dérives" et des "humiliations" au sein du mouvement.
"Depuis les élections législatives de 2023, qui ont vu notre parti remporter 28 sièges, nous avions un élan formidable. Ce succès devait nous conduire à renforcer nos structures, à consolider nos bases, à rétablir la confiance du peuple. Mais au lieu de cela, nous avons assisté à une centralisation excessive du pouvoir, à des décisions unilatérales et à une marginalisation progressive de plusieurs cadres historiques. Il ne restait donc qu'à dérouler ce plan d'un autre âge", regrette-t-il.
Concernant la désignation du candidat à la présidentielle, le député Sodjinou dénonce "les mêmes méthodes, les mêmes manipulations, la même absence de concertation" et "un dégoûtant débat sur la nécessité d'un candidat du Nord" qui "a fini par empoisonner l'ambiance".
"Sous prétexte d'unité, on a exigé des députés qu'ils signent à blanc leurs fiches de parrainage, sans même connaître le nom du candidat qu'ils parrainaient. On a fait croire que la discipline de groupe signifiait l'obéissance aveugle. On a organisé des commissions de désignation où les équilibres étaient déjà fixés à l'avance, où les représentants de certains départements ont été remplacés, simplement parce qu'ils ne faisaient pas partie de la "bonne région" ou du "bon clan". Alors même que la commission n'a pas terminé ses travaux, tout le monde sait que le choix de M. Renaud Agbodjo est déjà acté — un jeune avocat estimable, mais dont personne ne connaît les réalisations politiques. Est-ce cela, la démocratie que nous avons juré de défendre ?", s'insurge-t-il.
Dénonçant l'influence "totale" de l'ancien président du parti, Boni Yayi, sur les organes du mouvement, le député Sodjinou affirme ne pas reconnaître "le processus actuel de désignation du duo présidentiel, tel qu'il a été conduit".
"Je ne peux pas me rendre complice d'une mise en scène qui trahit nos principes fondateurs. Je réclame donc, en toute responsabilité. Ce n'est pas un geste de rupture. C'est un acte de fidélité — fidélité à nos valeurs, à nos militants et à notre histoire commune. Reconstruire plutôt que détruire. Je crois encore profondément que notre parti peut se relever. Mais pour cela, nous devons faire preuve de courage moral. Nous devons accepter de nous remettre en question, de reconnaître nos erreurs et d'écouter la base", plaide-t-il.
Appelant à "reconstruire Les Démocrates sur des fondations solides - celles de la confiance, du respect et du courage politique", le député Sodjinou conclut son réquisitoire en lançant un "appel à [ses] frères et sœurs" pour "ne pas céder au découragement" et se concentrer sur les prochaines législatives.
