« Quand le Président Boni Yayi est venu me voir ici au Palais il y a quelques jours, il m’a demandé qu’il fallait faire quelque chose pour que le duo soit réhabilité », a expliqué Patrice Talon. Selon le chef de l’État, il a rappelé à son interlocuteur que le processus électoral est arrivé à un stade où toute modification est irréalisable. « Je lui ai dit que je n’allais pas faire de miracle. C’est trop tard. Vous le savez. Pourquoi vous n’avez pas voulu le faire plus tôt ? Pourquoi vous n’avez pas voulu faire un accord avec les FCBE, ni avec les BR, ni avec les UP-R ? », a-t-il poursuivi. Talon a insisté sur le caractère définitif du processus et sur la nécessité de préserver la régularité des échéances électorales : « Il m’a dit que c’était trop tard mais qu’est-ce qu’on peut faire maintenant ? Je lui ai répondu : si vous trouvez un moyen réaliste de le faire, je le ferai. Mais revenir en arrière, annuler le processus ou rouvrir l’éligibilité n’est pas possible. Ce ne serait pas bien et cela mettrait le pays en risque de désordre ». Le Président a souligné qu’il reste ouvert à des propositions réalistes qui respectent la loi et la continuité du calendrier électoral, mais que toute action visant à rétablir le duo disqualifié soit du cadre légal et constitutionnel. 

 Talon et Yayi ont également abordé la question des alliances politiques pour les élections législatives à venir. L’actuel locataire du palais de la Marina a mis en garde son prédécesseur Boni Yayi contre les risques liés à une absence des Démocrates au Parlement « Je lui ai dit, monsieur le Président, attention. Ce que vous faites, ne continuez pas, parce que si jamais il y a un malheur aux législatives, vous serez le seul responsable. Vous n’allez pas chercher un bouc émissaire si jamais les législatives se passent mal et que les Démocrates ne sont pas au parlement. Parce que le risque de ne pas être au parlement inquiète tout le monde »confie Talon qui ajoute qu’il a invité les Démocrates à ouvrir le dialogue avec d’autres formations de la mouvance, notamment le Bloc Républicain (BR) et l’Union Progressiste Le Renouveau (UP-R), pour éviter tout isolement politique . « J’ai entendu dire que je veux que tout le monde aille au BR ou à l’UP-R. Mais ce que je lui ai dit, c’est simplement que les autres discutent, que les démocrates peuvent discuter avec le BR, discuter avec la FCBE pour faire une déclaration d’intention, d’amour. Même si l’amour ne se consomme pas après, parfois la déclaration peut suffire. Pour qu’il n’y ait pas ce risque-là. Il est parti d’ici en me disant qu’il me reviendrait là-dessus et qu’au besoin, je pourrai aider à ce que les UP-R et BR acceptent de le faire ».

Selon les confidences du numéro un des béninois, le débat a eu lieu chez les démocrates au lendemain des échanges qui ont eu lieu au palais. « Le débat a eu lieu. Certains ont dit alléluia, il faut le faire. D’autres ont dit non. Et in fine, le Président Boni Yayi lui-même a dit non. Nous irons aux élections dans ces conditions, quelles que soient les conséquences que ça va générer. Et nous verrons bien après ce qui va se passer ». Talon conclut en annonçant qu’il ne se passera rien du tout si les démocrates décident d’aller aux élections dans ces conditions. « Il ne se passera rien du tout. Je vais prier. simplement pour qu’ils gagnent. Qu’ils enlèvent des sièges pour que le pays retrouve son calme comme d’habitude » a conclu le Chef de l’État.