Triste nouvelle pour l’opposition au Cameroun. Le décès d'Anicet Ekane a été annoncé très tôt ce lundi matin par son avocat, Emmanuel Simh. Selon ce dernier, la mort de son client est "survenu en situation de privation de liberté". Âgé de 67 ans, Anicet Ekane était président du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), un parti de la gauche nationaliste camerounaise.
Interpellé le 24 octobre dans un contexte de crise post-électorale, Anicet Ekane était incarcéré au Secrétariat d'État à la Défense (SED) depuis plusieurs semaines. Les autorités lui reprochaient d'avoir apporté son soutien à l'opposant Issa Tchiroma Bakary, qui s'était proclamé vainqueur de l'élection présidentielle du 12 octobre. Ce positionnement politique avait été interprété comme une "incitation au soulèvement populaire".
Figure majeure de l'opposition camerounaise, Anicet Ekane était considéré comme une "conscience critique, parfois radicale et souvent solitaire" de la scène politique locale. Héritier des luttes indépendantistes, il s'était notamment imposé dans les années 1990, lors de la "décennie de braise" au Cameroun.
Ces dernières semaines, le Manidem avait tiré la sonnette d'alarme concernant la santé de son président, dénonçant la confiscation d'appareils médicaux essentiels à sa survie, dont un extracteur d'oxygène. Dans un communiqué daté du 21 novembre, le parti affirmait que ces dispositifs de soins étaient restés dans le véhicule d'Anicet Ekane, placé sous séquestre depuis son interpellation le 24 octobre. Le Manidem jugeait alors cette situation "gravement dangereuse" pour la santé de son leader.
Malgré les controverses, Anicet Ekane est revenu sur le devant de la scène politique ces derniers mois en apportant successivement son soutien à Maurice Kamto, puis à Issa Tchiroma Bakary, lors de la dernière élection présidentielle. Sa disparition brutale en détention soulève de nombreuses questions et indignations au sein de l'opposition camerounaise.
