José Brito ne cache pas son scepticisme face à ce qu’il qualifie de « traitement inégal » des crises au sein de l’espace ouest-africain. « Oui, on a eu deux poids, deux mesures. Dès qu’il y a des pays qui n’ont pas de poids dans la CEDEAO, ça ne compte pas », affirme l’ancien ministre capverdien.  

Une CEDEAO à géométrie variable, dictée par les affinités politiques 

Aux yeux de l'ex responsable de la CEDEAO, la réaction rapide de l’organisation régionale face au coup d’État avorté au Bénin illustre une nouvelle fois cette logique sélective. Tandis qu’une force composée du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone a été rapidement mobilisée pour appuyer le régime béninois, la tentative de putsch survenue en Guinée-Bissau le 26 novembre dernier n’a suscité qu’une réponse timorée. Cette différence d’approche s’explique, selon lui, par des affinités personnelles entre chefs d’État. « Quand on a de bonnes relations, les choses se font plus facilement, on se parle et on agit rapidement », souligne-t-il. Il précise d’ailleurs que, dans le cas béninois, ce sont surtout les pays frontaliers notamment le Nigeria et la Côte d’Ivoire qui ont impulsé la réaction, bien avant une prise de position institutionnelle de la CEDEAO.  

Interrogé sur le rôle de la France dans le soutien logistique et en renseignement à Cotonou, José Brito reste prudent. « Je n'ai pas d'informations sur ça », confie-t-il, tout en admettant que l’implication de Paris ne serait pas surprenante : « La France a les compétences, les moyens de fournir les informations. Dans le monde d’aujourd’hui, c’est celui qui a l’information qui gagne. » Pour lui, la diplomatie reste fondamentalement gouvernée par les relations personnelles entre dirigeants. 

Un système d’alerte inefficace et une réponse peu coordonnée face à la menace terroriste  

Pour José Brito, le problème réside également dans l’incapacité de la CEDEAO à anticiper les crises. Il pointe une faiblesse structurelle de la cellule de prévention des conflits, censée alerter les dirigeants sur les risques de dérives politiques. « On ne regarde pas ce qui se passe avant, et on laisse, par exemple, l’élimination des principaux opposants aux élections », déplore-t-il, citant à la fois la Guinée-Bissau et la Côte d’Ivoire. L’ancien ministre appelle ainsi à une réforme en profondeur de la stratégie de prévention de la CEDEAO, pour qu’elle soit capable de réagir de manière cohérente et équitable aux menaces qui pèsent sur la démocratie dans la sous-région. Selon lui, l’organisation peine à prévenir les crises en amont et se contente trop souvent d’interventions de dernière minute.  

À ses yeux, la question du terrorisme est un autre défi mal abordé. Il critique l’absence de coordination stratégique entre les États membres : « On ne voit pas une volonté politique de s’associer tous ceux qui sont concernés pour pouvoir donner une réponse à cette situation très grave ». 

Une réforme nécessaire pour restaurer la crédibilité de la CEDEAO 

L’ancien ministre s’inquiète de la tendance de la CEDEAO à proposer des « solutions ad hoc », sans jamais aborder les racines des dysfonctionnements. « S’il y a trois pays qui ont quitté la CEDEAO, c’est la preuve d’un problème profond », insiste-t-il, en référence au retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Il estime que l’institution régionale court le risque de perdre sa légitimité si elle ne parvient pas à rétablir une gouvernance équitable, transparente et réellement communautaire. 

Malgré ces critiques sévères, José Brito se veut constructif. Il espère que la CEDEAO saura capitaliser sur le succès de son intervention au Bénin pour renforcer sa crédibilité. Il cite le cas de la Guinée-Bissau, où la simple publication des résultats des élections pourrait désamorcer une crise. « C’est aussi simple que ça », conclut-il, appelant à plus de transparence et de cohérence dans les actions futures de l’organisation.