Réélu à la tête de l’Ouganda pour un nouveau mandat, le président sortant Yoweri Museveni poursuit un règne entamé il y a près de quatre décennies. Selon les résultats finaux annoncés, ce samedi 17 janvier, par la Commission électorale, Yoweri Museveni est réélu à la présidence avec 71,65 % des voix contre 24,72 % pour son principal opposant Bobi Wine, à l'issue du scrutin du 15 janvier dernier.
Cette réélection intervient dans un contexte politique tendu, marqué par de vives critiques. Des observateurs africains ont dénoncé un climat d’intimidation ayant érodé la confiance du public dans le processus électoral, tandis que l’Organisation des Nations unies (ONU) a fait état d’un climat de répression visant l’opposition.
À 81 ans, dans un pays où plus de 50 % de la population a moins de 30 ans, Yoweri Museveni demeure l’un des rares dirigeants africains encore en exercice à avoir connu l’indépendance de son pays en 1962, soulignent plusieurs médias occidentaux. Une longévité politique exceptionnelle qui continue d’alimenter le débat national et international.
Ces médias rappellent le parcours singulier du chef de l’État ougandais. Jeune militant engagé, Yoweri Museveni s’illustre d’abord dans les mouvements estudiantins avant de se rapprocher du camp de Milton Obote, alors figure centrale de la vie politique du pays. Mais en 1971, le chef d’état-major de l’armée, Idi Amin Dada, renverse Milton Obote et instaure l’une des dictatures les plus violentes du continent africain.
Contraint à l’exil, Yoweri Museveni se réfugie en Tanzanie où il fonde le Front for National Salvation (Fronasa), un mouvement idéologiquement marqué à gauche. Le groupe combat à la fois le régime d’Idi Amin Dada et celui de Milton Obote. Après la chute d’Amin Dada, qui se réfugie en Libye auprès de Mouammar Kadhafi, Milton Obote reprend le pouvoir. Battu à l’élection présidentielle de 1980, Yoweri Museveni conteste les résultats et opte pour la lutte armée à travers la branche militaire du Mouvement de résistance nationale (NRM), son parti politique.
En 1986, sa rébellion parvient à chasser Milton Obote du pouvoir. Le règne personnel de Yoweri Museveni débute alors officiellement.
Initialement perçue comme proche du marxisme, sa rébellion inquiète Washington en pleine Guerre froide. Le nouveau président opère rapidement un rapprochement stratégique avec le camp occidental afin de consolider son pouvoir. Sur le plan sécuritaire, il parvient notamment à mettre fin, en 2006, à la guérilla de l’Armée de résistance du Seigneur. Sur le plan régional, il se rapproche du président rwandais Paul Kagame et le soutient lors de la fin du génocide des Tutsi.
Sur le plan intérieur, une première élection présidentielle est organisée en 1996. Yoweri Museveni modifie la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat et l’emporte avec 74 % des suffrages. En 2001, il est réélu avec plus de 69 % des voix. En 2011, il s’impose une nouvelle fois avec plus de 68 % des suffrages face à Kizza Besigye, ancien colonel de l’armée devenu l’un de ses opposants historiques. Il bat encore ce dernier lors du scrutin de 2016, où Kizza Besigye ne recueille que 35 % des voix.
En 2021, Yoweri Museveni remporte à nouveau l’élection présidentielle avec près de 60 % des suffrages face à l’opposant Bobi Wine. Ce scrutin est vivement contesté par l’opposition, qui dénonce des irrégularités et des restrictions aux libertés politiques. Aujourd’hui, le président sortant se représente pour un septième mandat. Parallèlement, il a soutenu ces dernières années l’ascension politique de son fils, Muhoozi Kainerugaba, ancien commandant en chef de l’armée, ravivant les débats sur une possible succession dynastique au sommet de l’État ougandais.
