Plusieurs figures majeures de l’opposition, arrêtées dans la foulée de la prise de pouvoir par l’armée, ont été libérées. Dans ce mouvement de libérations, Domingos Simoes Pereira, Président du parti d'opposition PAIGC, ne bénéficie toutefois pas d’une liberté pleine et entière. Il a quitté la détention pour être placé sous ce que les autorités qualifient de « résidence surveillée ». 

De son côté, Fernando Dias, qui revendiquait la victoire à l’élection présidentielle interrompue par les militaires avant la proclamation officielle des résultats, a pu quitter sans entrave l’ambassade du Nigéria où il s’était réfugié.

Médiation sénégalaise et vigilance de la Cédéao

Ces évolutions interviennent à l’issue d’une mission diplomatique conduite par le ministre sénégalais des Forces armées, le général Birame Diop, émissaire du Président Bassirou Diomaye Faye. La Cédéao a publiquement salué cette dynamique, tout en rappelant que la normalisation politique ne saurait être complète tant que Domingos Simoes Pereira ne recouvrera pas la totalité de ses droits et libertés. Selon un porte-parole de l’armée, Domingos Simoes Pereira est poursuivi pour des faits qualifiés de « crimes économiques », justification avancée pour encadrer strictement ses déplacements. 

Une version vigoureusement contestée par la Ligue guinéenne des droits de l’homme. Pour son président, Bubacar Turé, il s’agit avant tout d’un levier politique destiné à neutraliser une figure jugée trop influente. « C'est un moyen de maintenir la pression, surtout de contrôler son mouvement, son droit civil et politique. Politiquement, c'est lui qui fait peur, parce que c'est lui le politicien le plus populaire à Bissau. Donc, c'est pour cela qu'il est en train d'avoir tous ces problèmes ».

« La résidence surveillée n’existe pas en droit bissau-guinéen »

La légalité même de la mesure est remise en cause par les défenseurs des droits humains. Bubacar Turé soutient que le concept de « résidence surveillée » n’est pas prévu par l’arsenal juridique du pays. Le PAIGC, principal parti d’opposition, rejette également cette qualification. Son porte-parole, Muniro Conté, présente la situation de son leader comme un choix de résistance politique assumée. « Maintenant le combat va continuer car c’est la voie qu’il a choisie. Il aurait pu choisir comme d’autres le chemin de la facilité, renier ses valeurs et ses principes pour de l’argent. Mais il a choisi de se sacrifier pour le peuple de Guinée-Bissau, pour que notre démocratie devienne une véritable démocratie ».

Premiers signaux d’ouverture de la junte

Au-delà des libérations, la Cédéao évoque l’existence de discussions politiques en cours. Dans un communiqué citant un courrier attribué au Chef de la junte, le général N’Tam, l’organisation régionale indique que le PAIGC pourrait se voir attribuer trois portefeuilles ministériels au sein du futur gouvernement de transition, ainsi que dix sièges au Conseil national de transition. Des signaux interprétés comme une volonté d’amorcer une décrispation, même si la situation reste fragile et largement conditionnée à l’évolution du statut de Domingos Simoes Pereira.