Niamey balaie du revers de la main les accusations faisant état d’une quelconque implication du Niger dans le coup d’État manqué du 7 décembre 2025 au Bénin. Revenant sur les arguments selon lesquels le Niger aurait retiré des camions servant de barricades à la frontière peu avant les événements, le général Tiani a rejeté toute lecture politique de cet épisode. « Ils disent que deux jours avant, nous avions retiré des conteneurs, donc des camions remorques, qui servaient de barricades entre nous et eux », a-t-il rappelé, avant d’en donner l’explication juridique.
Selon le chef de l’État nigérien, ces véhicules appartenaient à un opérateur privé qui a obtenu gain de cause devant la justice. « Le propriétaire de ces camions-là a intenté un procès au ministère de la Défense, où on lui a donné raison », a-t-il expliqué, précisant que le Niger a choisi de respecter la décision de justice afin d’éviter des pénalités financières « de l’ordre d’un million de francs CFA par jour » tant que les camions ne seraient pas libérés.
Pour maintenir le dispositif sécuritaire, Niamey affirme avoir aussitôt remplacé ces obstacles : « Nous avons remplacé ces véhicules par d’autres dispositifs, que nous avons remplis avec des matériaux et que nous avons utilisés pour reconstituer ce mur défensif, protecteur pour nos troupes. »
« Nous ne connaissons même pas Pascal Tigri »
Le Général Tiani s’est également insurgé contre l’accusation selon laquelle le Niger aurait entretenu des liens avec le colonel Pascal Tigri, présenté par Cotonou comme l’un des acteurs clés de la tentative de coup d’État. « Nous, nous savons que nous ne connaissons même pas Pascal Tigri, même de nom avant le 7 décembre. Dieu nous est témoin », a-t-il martelé. Interpellant directement le chef de l’État béninois, Patrice Talon, le président nigérien a lancé : « Je veux que Patrice Talon sorte pour dire que Dieu lui est témoin que nous connaissons Pascal Tigri ».
Pour le Général Tiani, l’accusation relève avant tout d’une stratégie politique. « Tout simplement pour avoir la sympathie de l’Occident », a-t-il accusé, dénonçant un discours répété « à tous les visiteurs » et même présenté, selon lui, lors de « visites guidées » organisées par les autorités béninoises.
La thèse de l’exfiltration jugée « aberrante »
Le Chef de l’État nigérien a également mis en doute la crédibilité du scénario d’une fuite du colonel Tigri vers le Niger après les événements de Cotonou. Soulignant les distances et les réalités géographiques, il a questionné la logique d’un tel itinéraire : « Comment un élément des forces spéciales […] va faire 800 et quelques kilomètres de Cotonou pour chercher la frontière du Niger, alors qu’il a une frontière poreuse comme un filet de pêche dans une mer à 25 kilomètres, tout au plus, le Nigeria ? »
Le Président a ajouté que d’autres options d’exfiltration étaient bien plus proches : « Il pouvait s’exfiltrer vers la frontière avec le Togo, qui est à moins de 5 kilomètres. » Dès lors, pour le général Tiani, le choix présumé du Niger ne serait pas fortuit : « Il choisit de s’exfiltrer par le Niger, puisque c’est le Niger qui doit être indexé ».
Dans son intervention, le chef de l’État nigérien évoque des manœuvres de discrédit contre son pays : « Quand vous mentez, ceux à qui vous mentez, peut-être par politesse, vous écoutent. Mais sachez que Allah existe […] le dieu du Vodun là existe », a-t-il lancé, mêlant registre religieux et symbolique culturelle pour appuyer son propos. Le président nigérien, fidèle à sa ligne de fermeté, a enfin revendiqué une posture d’affirmation souveraine : « Que Patrice Talon sache que nous, nous avons pris notre destin en main ».
