Plus de 1 000 Kényans recrutés pour combattre aux côtés de la Russie dans la guerre en Ukraine selon le rapport du Service national de renseignement du Kenya, rendu public lors d’une séance parlementaire mercredi 18 février 2026. Cette estimation est près de cinq fois supérieure aux données communiquées par les autorités en novembre dernier, qui faisaient état de plus de 200 ressortissants impliqués. À la tribune, le chef de la majorité parlementaire, Kimani Ichung'wah, a livré des précisions alarmantes. « À ce jour, plus de 1 000 Kenyans ont été recrutés et sont partis combattre dans la guerre russo-ukrainienne ».
Une filière structurée aux promesses financières alléchantes
D’après les renseignements compilés, les recruteurs visaient prioritairement d’anciens militaires et policiers, mais aussi des jeunes sans emploi, souvent en situation de précarité. Les promesses étaient attractives. Un salaire mensuel d’environ 350 000 shillings kényans (près de 2 700 dollars). Des primes pouvant atteindre 1,2 million de shillings (plus de 9 000 dollars). Ces offres financières auraient servi d’appât pour convaincre les candidats de s’engager dans un conflit lointain et particulièrement meurtrier.
Le rapport évoque l’existence d’un réseau organisé, mêlant fonctionnaires corrompus, intermédiaires privés et réseaux de traite d’êtres humains. Les recrues quittaient d’abord le Kenya munies de visas touristiques, transitant par la Turquie ou les Émirats arabes unis avant d’atteindre la Russie. Après le durcissement des contrôles à l’aéroport international de Nairobi, les itinéraires se seraient déplacés vers d’autres points de passage : l’Ouganda, l’Afrique du Sud ou encore la République démocratique du Congo.
Les services de renseignement affirment que certaines agences de recrutement auraient collaboré avec des employés indélicats de l’aéroport kényan, des agents de l’immigration,
d’autres responsables publics, ainsi que des membres du personnel diplomatique russe à Nairobi et kényan à Moscou. Ces complicités auraient facilité la sortie du territoire et l’obtention des documents nécessaires.
Entre pertes humaines et bataille de communication
Le rapport fait également état d’un bilan humain préoccupant. En février 2026, 89 Kényans se trouvaient en première ligne en Ukraine, 39 étaient hospitalisés, 28 étaient portés disparus au combat. Ces chiffres illustrent l’ampleur de l’exposition au danger pour ces ressortissants engagés dans un conflit qui dépasse largement les frontières africaines.
L’ambassade de Russie à Nairobi a formellement rejeté les accusations d’un recrutement clandestin orchestré par Moscou. Dans un communiqué, elle affirme : « Les autorités gouvernementales russes ne se sont jamais livrées à un recrutement illégal de citoyens kényans dans les forces armées de la Fédération de Russie ». La représentation diplomatique précise n’avoir délivré aucun visa à des Kényans déclarant vouloir participer à « l’opération militaire spéciale » en Ukraine. Elle rappelle toutefois que, selon la législation russe, les ressortissants étrangers peuvent s’engager volontairement dans l’armée.
En novembre dernier, les autorités ukrainiennes avaient indiqué qu’environ 1 400 ressortissants issus d’une trentaine de pays africains combattaient du côté russe, certains affirmant avoir été recrutés sous de faux prétextes.
Ce nouveau rapport kényan s’inscrit donc dans un phénomène plus vaste : la projection de combattants africains dans la guerre opposant la Russie et l’Ukraine, via des circuits opaques mêlant opportunité économique, manipulation et réseaux criminels. La révélation de ces chiffres risque de provoquer des remous à Nairobi. Au-delà des responsabilités pénales potentielles liées à la corruption et à la traite d’êtres humains, c’est également la gestion diplomatique du dossier qui s’annonce délicate.
