Élu en mai 2025 pour succéder à François, Léon XIV n’a, à ce stade, effectué qu’un seul voyage à l’étranger, en Turquie et au Liban, à la fin de l’année dernière. La séquence d’avril marquera donc son premier grand déplacement international de 2026 et un signal fort en direction du continent africain, où le catholicisme connaît aujourd’hui sa croissance la plus rapide.
L’Algérie, étape inaugurale et hautement symbolique
Du 13 au 15 avril, le pape ouvrira sa tournée par une visite en Algérie, avec des étapes prévues à Alger puis à Annaba. Il s’agira d’une première historique : jamais un pape ne s’est rendu dans ce pays où l’islam est religion d’État.
La Constitution algérienne garantit la liberté de culte, tout en soumettant l’exercice public des religions à un cadre réglementé. Dans ce contexte, la venue de Léon XIV revêt une dimension interreligieuse particulièrement marquée.
Dès décembre dernier, le pontife avait exprimé son intention de se rendre en Algérie « pour visiter les lieux de vie de Saint-Augustin mais aussi pour poursuivre le dialogue et tisser des liens entre les mondes chrétien et musulman ».
Natif de la région correspondant aujourd’hui à Souk Ahras, Saint Augustin fut évêque d’Hippone l’actuelle Annaba et demeure l’une des grandes figures intellectuelles du christianisme antique. Membre de l’ordre des Augustins, Léon XIV attache une importance particulière à cet héritage spirituel.
Mémoire et dialogue
La visite devrait également raviver le souvenir des moines cisterciens de Tibhirine, enlevés en mars 1996 dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas, à une période marquée par la guerre civile algérienne. Leur assassinat, revendiqué par le Groupe islamique armé (GIA), demeure entouré d’interrogations. Béatifiés en 2018, ils incarnent pour beaucoup un témoignage de fidélité et de dialogue dans l’épreuve.
Cameroun et Angola : appel à la paix dans des contextes tendus
Après l’Algérie, Léon XIV se rendra au Cameroun du 15 au 18 avril (Yaoundé, Bamenda, Douala), puis en Angola du 18 au 21 avril (Luanda, Muxima, Saurimo). Ces deux pays traversent des périodes de fortes tensions politiques et sociales. Le Vatican a indiqué que la présence du pape serait l’occasion de lancer un appel à la paix et à la responsabilité des dirigeants, dans un contexte où les Églises locales jouent souvent un rôle de médiation.
La démarche s’inscrit dans une perspective plus large : environ 20 % des catholiques du monde vivent aujourd’hui en Afrique, selon les statistiques du Saint-Siège. Le continent apparaît ainsi comme l’un des pôles les plus dynamiques du catholicisme mondial.
Le théologien jésuite nigérian Agbonkhianmeghe Orobator résume cet enjeu en affirmant que cette visite rappellera « que l’Afrique compte et que le dynamisme de l’Église en Afrique demeure au cœur d’une Église mondiale florissante ».
Guinée équatoriale : une étape à forte portée historique
La tournée africaine s’achèvera du 21 au 23 avril en Guinée équatoriale, avec des haltes à Malabo, Mongomo et Bata. Le dernier pape à s’y être rendu était Jean-Paul II, en 1982. Plus récemment, c’est Benoît XVI qui avait visité le Cameroun et l’Angola, en 2009. Quant à François, son ultime déplacement africain remonte à 2023 en République démocratique du Congo et au Soudan du Sud.
En choisissant ces quatre pays, le Vatican entend refléter la diversité linguistique et culturelle du continent francophone, anglophone, lusophone et hispanophone tout en mettant en lumière des nations confrontées à des défis politiques et économiques importants.
Monaco et Espagne : foi, patrimoine et migrations
Avant son départ pour l’Afrique, Léon XIV effectuera le 28 mars une visite d’une journée en Monaco, à l’invitation du prince Albert II. La principauté figure parmi les rares États où le catholicisme demeure religion d’État. L’année prochaine, elle célébrera le 140e anniversaire de la bulle pontificale par laquelle Léon XIII érigea le diocèse de Monaco.
En juin (du 6 au 12), le pape est attendu en Espagne, avec des étapes à Madrid et Barcelone. Dans la capitale catalane, il devrait inaugurer la tour la plus élevée de la Sagrada Família, chef-d’œuvre imaginé par l’architecte Antoni Gaudí, dont le procès en béatification est en cours.
Le déplacement inclura également les îles Canaries, devenues ces dernières années un point d’entrée majeur pour les migrants cherchant à rejoindre l’Europe. Cette dimension migratoire faisait déjà partie des priorités affichées par le pape François.
Une diplomatie pastorale tournée vers le Sud
Au-delà des étapes et des cérémonies, cette tournée dessine les contours d’une diplomatie pastorale assumée : dialogue islamo-chrétien en Algérie, appel à la paix dans des pays en tension, valorisation du dynamisme africain, attention aux migrations aux portes de l’Europe. Léon XIV devrait par ailleurs se rendre au Pérou en novembre 2026, un pays où il a longtemps exercé comme missionnaire et évêque.
