L’interdiction des exportations de minerais bruts n’est pas une mesure isolée, mais la pierre angulaire d’une stratégie ambitieuse. Ce changement de cap illustre une volonté affirmée de reprendre le contrôle de sa richesse minérale et d’en faire un levier de croissance durable, même si des défis importants demeurent, notamment en matière d’infrastructures et de capacités d’investissement. Voici cinq principales raisons qui expliquent cette décision.

1. Capturer davantage de valeur ajoutée sur le territoire national

L’objectif principal du gouvernement est de passer d’un rôle de simple fournisseur de matières premières à celui de producteur de biens à forte valeur ajoutée. En interdisant les exportations de minerais non transformés, Harare espère stimuler l’installation d’unités de transformation locale, telles que des usines de raffinage du lithium, destinées à produire des matériaux utilisés dans les batteries ou d’autres composants industriels.

Plutôt que d’envoyer des minerais bruts à l’étranger pour qu’ils soient transformés ailleurs, le gouvernement veut que ces opérations se déroulent sur place, ce qui peut augmenter les recettes fiscales, créer des emplois et renforcer l’industrialisation du pays.

2. Mettre fin aux pratiques opaques et aux pertes de revenus

Le gouvernement cite aussi des « malpractices » ou fraudes persistantes dans le secteur minier, notamment des fuites de minerais, du sous‑déclarations et de la contrebande, qui privent l’État de recettes importantes. Selon le ministère des mines, ces pratiques ont rendu nécessaires des réformes profondes du système d’exportation pour assurer transparence, responsabilité et efficacité dans la gestion des ressources minières.

La suspension des exportations doit également permettre de renforcer le contrôle administratif et de prévenir l’évasion fiscale liée à l’exportation de matières premières non transformées.

3. Répondre à la pression internationale et aux marchés mondiaux

Les minerais comme le lithium sont devenus des ressources stratégiques à l’échelle mondiale. Ils sont essentiels à la fabrication de batteries pour véhicules électriques, de systèmes de stockage d’énergie et d’autres technologies de pointe. Cette dynamique a fait du lithium un enjeu économique majeur, au point que les prix mondiaux ont fortement augmenté après l’annonce du Zimbabwe, reflétant l’influence du pays sur l’offre mondiale.

En contrôlant plus fermement l’exportation de ces matières premières, Harare se positionne comme un acteur clé dans la chaîne d’approvisionnement mondiale, ce qui peut renforcer son pouvoir de négociation face aux grandes puissances et aux investisseurs étrangers.

4. Promouvoir l’industrialisation et la création d’emplois

Dans la logique du gouvernement, le passage de l’extraction à la valorisation locale des ressources doit favoriser la création d’une industrie nationale plus diversifiée et compétitive. Le traitement de minerais bruts par exemple en lithium électrique, en métaux du groupe platine, en cuivre ou en nickel offre des opportunités considérables d’emplois et de développement de compétences techniques, loin d’un modèle extractif traditionnel.

Dans plusieurs pays africains, des politiques similaires de restriction des exportations de matières premières ont été conçues pour encourager les investissements dans la transformation, ce qui peut contribuer à une croissance économique plus inclusive à long terme.

5. Réduire la dépendance aux marchés étrangers pour la transformation

Une grande partie des minerais zimbabwéens notamment le lithium était traditionnellement exportée vers des usines étrangères, principalement en Chine, pour y être transformée. Harare estime que cette dépendance réduit sa marge de manœuvre économique et l’empêche de tirer pleinement parti de ses propres ressources.

En poussant pour un traitement localisé, le Zimbabwe veut améliorer sa résilience économique et réduire sa dépendance vis-à-vis des infrastructures de transformation étrangères, souvent détenues ou contrôlées par des entreprises multinationales.