Le Guide suprême de l'Iran n'est plus. Ali Khamenei, 86 ans, a été tué samedi 28 février 2026 dans les frappes menées par les États-Unis et l'Israël sur l'Iran. De son vivant, l'homme a marqué l'histoire de son pays. Voici 05 choses à savoir sur Ali Khamenei.

Une énigme au cœur du régime iranien


Ali Khamenei entretenait un mystère constant autour de sa personne. Il ne recevait jamais les ambassadeurs accrédités à Téhéran et concentrait l’essentiel des décisions stratégiques, qu’il s’agisse de la politique intérieure, du nucléaire ou des orientations diplomatiques. Son aversion viscérale pour les dirigeants américains contrastait avec ses affinités assumées avec Vladimir Poutine et Xi Jinping, symboles, à ses yeux, d’un monde multipolaire capable de contester l’hégémonie des États-Unis. 

Lors de l’invasion russe de l’Ukraine, il avait publiquement soutenu Moscou, estimant que la crise trouvait ses racines dans les politiques occidentales. À l’intérieur, son silence initial face aux manifestations de 2022, après la mort de Mahsa Amini, avait précédé une condamnation sévère des protestataires, qualifiés d’instruments de Washington et de Tel-Aviv.

Un parcours religieux et politique jalonné d’obstacles

Formé à la théologie chiite entre Machhad et Qom, avec un passage par Nadjaf en Irak, Ali Khamenei se réclamait avant tout de l’héritage de Ruhollah Khomeini, fondateur de la République islamique. Il reconnaissait toutefois l’influence déterminante de Navvab Safavi, figure radicale et fondateur du mouvement Fadayan-e Eslam. Le discours enflammé de ce dernier à Machhad, en 1952, avait éveillé chez le jeune Seyed Ali Khamenei une vocation révolutionnaire précoce.

Un opposant résolu au régime impérial


Dans les années 1960, Khamenei s’illustre comme un opposant déterminé au régime du Shah. Ce terme désigne le souverain d’Iran avant la révolution islamique, en l’occurrence Mohammad Reza Pahlavi, dont le pouvoir monarchique, autoritaire et étroitement allié aux États-Unis, était qualifié d’« impérial » par ses adversaires religieux et nationalistes. 

Arrêté une première fois en juin 1963 lors d’émeutes majeures, Khamenei connaît la prison et la surveillance étroite des services de sécurité. Libéré, il sillonne le pays pour dénoncer les réformes jugées anti-islamiques du Shah, ce qui lui vaut de nouvelles incarcérations à Machhad puis à Téhéran.

Le pédagogue de la révolution islamique

Au début des années 1970, Ali Khamenei enseigne le hadith à Machhad puis à Téhéran. Le hadith désigne l’ensemble des récits rapportant les paroles, les actes et les approbations du prophète Mahomet, considérés par les musulmans comme une source essentielle de la loi islamique et un guide pour la conduite individuelle et collective. 

Ces enseignements, très suivis par la jeunesse, renforcent son aura. Arrêté en 1971, il est soupçonné de liens avec des groupes armés d’extrême gauche, suspicion qu’il nie tout en reconnaissant avoir animé des cours clandestins destinés à diffuser l’idéologie islamique révolutionnaire.

Un héritage lourd et controversé

L’ère Khamenei restera marquée par un héritage profondément discuté. Dans la continuité de la révolution de 1979, il a poursuivi l’objectif de structurer une « oumma chiite », c’est-à-dire une communauté chiite transnationale placée sous l’influence politique et religieuse de l’Iran, au-delà de ses frontières. Ce projet, qualifié par ses adversaires de « croissant chiite », visait à étendre l’influence iranienne du Golfe au Levant. 

Il s’est toutefois heurté à de fortes résistances, de l’Irak au Liban, et a coûté très cher à l’Iran, tant sur le plan humain que financier. À cela s’ajoutent une hostilité constante envers Israël, marquée par des déclarations appelant à sa disparition, et une confrontation prolongée autour du programme nucléaire iranien. Pour de nombreux Iraniens, ces choix ont transformé une ambition idéologique en un lourd fardeau national.

Aimé AKEKE