La bataille pour le secrétariat des Nations Unies s’ouvre officiellement à l’approche de la fin du mandat d’Antonio Guterres, attendu le 1er janvier prochain. Plusieurs noms circulent déjà pour prendre les rênes de l’organisation dans un contexte international particulièrement fragmenté. C’est dans ce cadre que le Burundi a formellement présenté, lundi 2 mars, la candidature de l’ancien président sénégalais Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU. Cette initiative diplomatique place l’ex-chef d’État ouest-africain parmi les premiers prétendants déclarés à la succession. Il rejoint ainsi l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet et le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Argentin Rafael Grossi, déjà cités dans les discussions.
L’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet et le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, l’Argentin Rafael Grossi, deux prétendants déclarés au poste du prochain secrétaire général de l’ONU sont issus d’Amérique latine, une région qui milite activement pour voir l’un de ses représentants accéder, cette fois, à la tête de l’Organisation internationale. Cette revendication s’inscrit dans la logique de rotation géographique non écrite qui influence traditionnellement le choix du Secrétaire général.
À cette dynamique régionale s’ajoute une autre attente grandissante. Celle de la nomination, pour la première fois, d’une femme à la tête de l’organisation. Depuis une décennie, l’idée circule avec insistance dans les couloirs new-yorkais. Or, Macky Sall ne correspond ni à l’aspiration latino-américaine ni à l’option féminine. Ses soutiens estiment cependant que ces considérations pourraient s’effacer face aux impératifs géopolitiques actuels.
Le poids décisif des membres permanents
Officiellement, la sélection du futur Secrétaire général revient au Conseil de sécurité, avant validation par l’Assemblée générale. Dans les faits, le choix dépend surtout des cinq membres permanents que sont la Chine, les États-Unis, La Russie, la France et le Royaume-Uni dont chacun dispose d’un droit de veto. Les conseillers de Macky Sall en sont conscients et mettent en avant un argument central. L’ancien président sénégalais n’entretiendrait aucun différend majeur avec ces puissances.
Ils rappellent notamment que le président chinois Xi Jinping avait co-présidé avec lui le Forum sur la coopération sino-africaine, illustrant des relations jugées solides avec Pékin. Du côté russe, Vladimir Poutine aurait apprécié la posture de neutralité adoptée par Dakar, notamment les abstentions sénégalaises lorsque le Conseil des droits de l’homme examinait des résolutions visant Moscou. Quant aux États-Unis, les partisans de Macky Sall laissent entendre que Washington pourrait s’opposer à certaines candidatures, notamment féminines, ce qui rebattrait les cartes.
Par ailleurs, la configuration actuelle du Conseil de sécurité pourrait jouer en faveur du candidat sénégalais : trois États africains y siègent cette année. À cela s’ajoute la présence de Bahreïn et du Pakistan, tous deux membres de l’Organisation de la coopération islamique, un espace diplomatique que Macky Sall connaît pour y avoir exercé des responsabilités et développé des réseaux.
Un pari sur le « consensus » dans un monde fragmenté
Interrogés sur le fait que l’ONU n’a jamais été dirigée par une femme, les soutiens de Macky Sall rétorquent que la candidature de Michelle Bachelet susciterait l’hostilité de Pékin et de Moscou, ce qui compromettrait ses chances dans un système dominé par le veto. Dans ce contexte, l’ancien président sénégalais entend se positionner comme un profil de compromis, capable de rassurer les grandes puissances tout en incarnant la voix du « Sud global ».
Cette stratégie intervient alors même qu’il fait face, au Sénégal, à des accusations d’« agissements coupables » formulées par le nouveau président dans la gestion des affaires publiques. Ses partisans considèrent toutefois que ces controverses internes ne devraient pas peser dans une élection essentiellement guidée par des considérations diplomatiques internationales.
Avant d’espérer rallier les capitales influentes, Macky Sall devra franchir une étape déterminante. Obtenir l’aval de l’Union africaine. Une investiture continentale renforcerait sa légitimité et consoliderait son image de candidat africain capable de fédérer au-delà des clivages, dans une organisation où, selon ses proches, le consensus s’est érodé depuis au moins cinq ans.
