Installée désormais à Londres, au Royaume-Uni, l’épouse de l’ancien président Ali Bongo affirme garder des séquelles profondes de cette période. « J’ai eu trop mal », confie-t-elle, expliquant que l’épreuve de la détention l’a définitivement dissuadée d’envisager un retour au Gabon.
« Mon fils et moi avons été torturés »
Au cœur de son témoignage figure une accusation particulièrement grave. « Mon fils et moi avons été torturés », affirme Sylvia Bongo en évoquant les conditions de sa captivité avec son fils, Noureddin Bongo. Elle décrit notamment l’état dans lequel celui-ci revenait après certaines séances d’interrogatoire. « Il était tuméfié de partout », raconte-t-elle, ajoutant qu’il avait « les yeux qui sortaient des orbites ». Ces accusations sont cependant rejetées par les autorités gabonaises, qui nient tout acte de torture durant leur détention.
Des rencontres avec le Chef de la transition
Dans cet entretien, Sylvia Bongo affirme également avoir été convoquée à trois reprises par le Président de transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, arrivé au pouvoir après le renversement d’Ali Bongo. Selon elle, leur première rencontre aurait été marquée par des menaces. Le chef de la transition lui aurait alors laissé entendre qu’elle pourrait ne « jamais être libérée ».
Elle évoque aussi l’existence de vidéos filmées durant leur captivité et diffusées ces derniers mois par son fils. L’une d’elles montrerait un échange avec le Président de transition. D’après Sylvia Bongo, celui-ci lui aurait demandé de garder le silence sur les mauvais traitements subis. La scène se serait déroulée « la veille de mon départ » du Gabon, affirme-t-elle.
Entre insultes, silence diplomatique et condamnation judiciaire
L’ancienne Première dame affirme également avoir été victime d’insultes durant sa détention. « On m’a traitée de sale blanche », raconte-t-elle. Née à Paris, elle possède en effet aussi la nationalité française. Elle indique que la consule de France à Libreville aurait été informée à plusieurs reprises de sa détention et des mauvais traitements qu’elle affirme avoir subis avec son fils.
Malgré ces alertes, elle estime que peu d’actions concrètes ont été entreprises. « Pas grand-chose ne s’est produit », déplore-t-elle, avant d’ajouter : « Je me suis sentie abandonnée ». Le 12 novembre dernier, la justice gabonaise a condamné Sylvia Bongo à vingt ans de prison pour détournement de fonds. La décision a été prononcée en son absence. L’ancienne Première dame rejette catégoriquement ces accusations. Elle assure n’avoir commis aucun détournement et conteste la légitimité de cette condamnation.
Les derniers mois du pouvoir d’Ali Bongo
Au cours de l’entretien, Sylvia Bongo est revenue sur l’état de santé de son mari dans les derniers mois de sa présidence. Les absences répétées et les rares apparitions d’Ali Bongo en 2023 avaient alors alimenté de nombreuses spéculations. « Cela a été très difficile pendant trois mois », explique-t-elle, affirmant que l’ancien président était alors « partiellement handicapé ».
Elle évoque également le regard porté sur le handicap dans certaines sociétés africaines. « En Afrique, être handicapé est malheureusement mal vu », estime-t-elle. Sylvia Bongo affirme même s’être opposée à une nouvelle candidature de son mari. « Je ne voulais pas que mon mari se représente », confie-t-elle aujourd’hui.
