Depuis que le parti présidentiel UDPS a annoncé son intention de « toucher » à la Constitution, le débat sur une possible révision de la loi fondamentale a été relancé en RDC. Actuellement, la Constitution limite le président à deux mandats de cinq ans, ce qui devrait contraindre Félix Tshisekedi à quitter le pouvoir en 2028.

Lors d'une conférence de presse samedi 7 mars, le chef du parti UDPS, Augustin Kabuya, a clairement affiché la volonté du pouvoir en place de modifier la Constitution. Il a en effet souligné que « Mobutu a révisé la Constitution 17 fois, Laurent-Désiré Kabila l'a touchée trois fois, Joseph Kabila l'a retouchée »  et a lancé : « au nom de quel principe allez-vous interdire à notre régime d'y toucher ? »

Le ministre des Sports Didier Budimbu, proche du président, a enfoncé le clou lors d'un rassemblement. « Qu'on ne se voile pas le visage. Nous n'allons pas faire du genre les deux mandats prennent fin, puis on cède le pouvoir, pour le donner à qui ? Et pour que celui à qui on le donne en fasse quoi ? Nous allons tout droit vers un troisième mandat, nous n'aurons pas honte », a-t-il déclaré, rapporte RFI

Une perspective rejetée avec force par l'opposition

Cette perspective d'un possible troisième mandat présidentiel a suscité de vives réactions au sein de l'opposition congolaise. L'ex-président Joseph Kabila a ainsi qualifié cette démarche de « suicidaire », estimant que le régime en place veut « défier le peuple ».

De son côté, l'opposant Martin Fayulu a jugé ce débat « inopportun », appelant « à ne plus se laisser distraire » face aux défis du pays. Jean-Marc Kabund, quant à lui, a parlé d'un débat « moralement inacceptable »  et « politiquement irresponsable » en plein conflit dans l'est de la RDC.

La possibilité d'un troisième mandat pour Tshisekedi ravive les craintes

Cette annonce du parti présidentiel UDPS ravive les craintes d'une nouvelle crise politique en RDC. Le pays a en effet connu de graves tensions et violences lors des précédentes transitions présidentielles, notamment en 2016-2017 lorsque Joseph Kabila a tenté de prolonger son mandat.

Pour des caciques du régime en place, Félix Tshisekedi « ne remplit pas un mandat, mais une mission ». Certains vont même jusqu'à suggérer qu'il n'y ait « quasiment plus d'élections jusqu'à la fin des violences dans l'est du pays ».

Face à cette perspective explosive, l'opposition a d'ores et déjà averti qu'elle ne laissera pas le régime « défier le peuple » et remettre en cause les acquis démocratiques durement obtenus. Le débat sur l'avenir institutionnel du pays risque donc de dominer l'agenda politique congolais dans les mois à venir.