Arrivé dans la capitale sud-africaine le mois dernier comme envoyé du président américain Donald Trump, le diplomate et militant conservateur s’est retrouvé au cœur d’une polémique dès sa première prise de parole publique dans le pays. Lors d’une conférence organisée mardi 10 mars 2026 , Brent Bozell a vivement critiqué un chant emblématique de la lutte contre l’apartheid, affirmant qu’il constituait un discours de haine.

Le slogan visé, connu sous la formule « Tuez le Boer », fait partie du répertoire historique des chants de libération. Plusieurs décisions judiciaires sud-africaines ont estimé qu’il ne relevait pas juridiquement du discours haineux dans le contexte historique et politique du pays. L’ambassadeur américain a toutefois rejeté cette interprétation. « Je suis désolé, je me fiche de ce que disent vos tribunaux. C’est un discours de haine », a-t-il déclaré, provoquant une vive réaction des autorités sud-africaines.

Pretoria dénonce une atteinte à son système judiciaire

Pour le chef de la diplomatie sud-africaine, ces propos dépassent le cadre d’une simple opinion personnelle. Selon Ronald Lamola, ils sont perçus comme une remise en cause de l’autorité judiciaire et de l’histoire politique du pays. « Nous avons convoqué l’ambassadeur des États-Unis, l’ambassadeur Bozell, pour qu’il explique ses propos non diplomatiques », a indiqué le ministre devant la presse.

Il a également rappelé que la mission d’un représentant diplomatique est de contribuer au renforcement des relations bilatérales et non d’alimenter les divisions internes. « Le rôle de Bozell en tant qu’invité est de nous aider à construire une seule nation (…) il ne doit pas nous ramener à une société polarisée sur des bases raciales », a insisté le chef de la diplomatie.

Des excuses après la polémique

Selon un autre responsable du ministère sud-africain des Affaires étrangères, Zane Dangor, l’ambassadeur américain aurait reconnu la maladresse de ses déclarations lors de l’échange avec les autorités.

Le diplomate « a présenté ses excuses et exprimé ses regrets concernant ce qui s’est passé », a indiqué Zane Dangor, laissant entendre que l’incident pourrait être considéré comme clos du point de vue protocolaire.

Un contexte diplomatique déjà fragile

Cet épisode intervient dans un climat déjà tendu entre Washington et Pretoria. Depuis le début du second mandat de Donald Trump, les relations entre les deux pays se sont refroidies sur plusieurs dossiers sensibles. Le président américain a notamment critiqué la politique sud-africaine de Black Economic Empowerment (BEE), un programme visant à corriger les profondes inégalités économiques héritées de l’apartheid en favorisant l’accès des populations noires aux opportunités économiques.

Autre point de friction : la plainte pour génocide déposée par l’Afrique du Sud contre Israël devant la Cour internationale de Justice au sujet de la guerre dans la bande de Gaza. Un recours vivement rejeté par l’État hébreu, proche allié des États-Unis. Washington a, de son côté, reproché à Pretoria d’adopter des « positions agressives » à l’égard des intérêts américains et de ses partenaires internationaux.