Réunis à Cotonou du 22 au 23 mars 2026, les cadres et délégués du parti Les Démocrates ont tenu un Conseil national ordinaire dans un climat tendu, où les divergences internes ont largement dominé les débats. Loin de constituer un cadre d’arbitrage apaisé, cette rencontre a surtout servi de révélateur aux fractures qui traversent le parti depuis plusieurs mois.
Entre désorganisation en amont, retard dans l’ouverture des travaux et multiplication des lieux de réunion, les premières heures ont donné le ton d’une rencontre sous pression. Mais au-delà des aspects logistiques, c’est surtout sur le plan politique que les désaccords se sont exprimés avec le plus d’acuité.
Une guerre de leadership qui structure les débats
Au cœur des tensions, une rivalité entre le président intérimaire Éric Houndété et le nouveau président désigné Nourénou Atchadé. Cette opposition de leadership a polarisé les participants et conduit à la formation de deux camps clairement identifiés au sein du parti. D’un côté, les partisans d’Éric Houndété défendent une approche plus ouverte, notamment une réévaluation des positions du parti vis-à-vis du pouvoir en place. Ce groupe se montre favorable à une participation active à l’élection présidentielle d’avril 2026, malgré l’absence du parti sur la ligne de départ.
De l’autre, un courant fidèle à la ligne historique du parti, incarné par les soutiens de Nourénou Atchadé, prône une posture plus rigide vis-à-vis de la majorité présidentielle. Ce camp, plus attaché à l’héritage politique de Thomas Boni Yayi, défend une cohérence idéologique et une continuité dans l’opposition. Cette dualité a fortement influencé les discussions, transformant le Conseil national en un espace de confrontation entre deux visions stratégiques du futur du parti.
Une désignation qui ne fait pas l’unanimité
Si la désignation de Nourénou Atchadé marque formellement la fin de la transition ouverte après la démission de Boni Yayi, elle ne s’est pas faite sans contestations. Plusieurs cadres ont exprimé leur désaccord, estimant que le processus n’a pas permis un consensus suffisamment large. Selon des informations internes, le président intérimaire Éric Houndété lui-même ne se serait pas associé à la décision ayant conduit à cette nomination, illustrant ainsi la profondeur des divergences au sommet du parti.
Malgré ces réserves, le Conseil national a entériné ce choix, confiant à Atchadé la mission de conduire le parti jusqu’à un congrès annoncé dans les prochains mois. L’une des décisions majeures issues des travaux concerne la posture du parti face à l’élection présidentielle du 12 avril 2026. Le Conseil national a finalement écarté toute option de soutien à un candidat extérieur, une orientation qui tranche avec les débats initialement envisagés. Cette décision, qui privilégie une ligne de réserve, a été interprétée comme une victoire du camp Atchadé, mais elle a également accentué les frustrations en interne. Elle a notamment conduit au départ du secrétaire national à la communication, Guy Mitokpè.
La continuité des tensions au-delà du changement de direction ?
Au-delà des personnes, cette séquence met en évidence des fragilités plus profondes au sein du parti Les Démocrates. La confrontation entre deux lignes politiques traduit une difficulté à construire une vision commune dans un contexte où les enjeux électoraux exigent cohésion et clarté stratégique. Les divisions observées lors de ce Conseil national ne sont pas nouvelles.
Elles s’inscrivent dans une dynamique plus ancienne, marquée par des revers électoraux, des absences à certaines échéances et une difficulté à maintenir une discipline organisationnelle durable. La désignation de Nourénou Atchadé, si elle met fin à une phase d’intérim, ne règle donc pas les questions de fond. Elle inaugure plutôt une nouvelle étape, où la capacité du nouveau président à rassembler les différentes sensibilités du parti sera déterminante. À défaut, les divisions internes pourraient continuer à peser sur sa capacité à s’imposer comme une alternative crédible. L’on pourra parler en ce moment de la fin d’un cycle.
