Interrogé sur les accusations faisant état d’une influence de l’ancien chef de l’État Thomas Boni Yayi dans la désignation de Nourénou Atchadé à la tête du parti, Eugène Azatassou se veut catégorique. « Le président Yayi n’a rien à voir dans cette affaire. Il s’est retiré », affirme-t-il, rejetant toute idée d’intervention en coulisses. Pour le vice-président du parti, ces accusations relèvent d’une stratégie bien rodée : « Dès que quelqu’un se rapproche du pouvoir, il faut qu’il salisse le président Yayi (…) c’est une tactique qui a toujours été utilisée », dénonce-t-il. Il insiste également sur l’autonomie des cadres du parti : « Nous sommes assez grands (…) pourquoi est-ce que j’ai besoin d’être instrumentalisé ? », s’interroge-t-il, refusant toute lecture qui ferait de Boni Yayi un “faiseur de rois”.
Un retrait sous pression et une ligne politique jugée non négociable
Revenant sur le départ de Boni Yayi, ancien président du parti, Azatassou y voit une décision mûrement réfléchie, dictée par un contexte de fortes pressions. « Je suis persuadé que (…) la meilleure chose à faire, c’est de laisser le parti pour qu’il puisse évoluer », explique-t-il, évoquant à la fois des raisons de santé et un environnement politique contraignant. Selon lui, la présence de Boni Yayi était devenue un facteur de fragilisation pour la formation politique : « On considère que sa présence est gênante au point où il faut détruire le parti », affirme-t-il, appelant à « lui laisser la paix ».
Au-delà des débats sur les personnes, Eugène Azatassou insiste sur la constance de la ligne défendue par Les Démocrates depuis leur création. « Ce que nous avons défendu jusque-là (…) des gens nous ont suivis et sont morts (…) d’autres sont en prison ou en exil », rappelle-t-il, mettant en avant le coût humain de l’engagement politique du parti. Dans ce contexte, il rejette toute idée de repositionnement opportuniste : « Ce n’est pas possible (…) pour moi et pour un certain nombre de camarades, ce n’est pas possible », martèle-t-il, en réponse aux appels à une inflexion stratégique.
Une crise imputée au pouvoir dans un parti profondément divisé
Dans son analyse, le vice-président des Démocrates ne laisse guère de place au doute sur l’origine de la crise. « Le responsable de tout ça, c’est le pouvoir qui ne veut pas avoir d’opposition (…) qui fait pression et utilise tout », accuse-t-il. Selon lui, des pressions auraient été exercées pour affaiblir le parti, notamment en ciblant ses figures majeures. Une lecture qui s’inscrit dans une vision plus large d’un environnement politique hostile à l’opposition.
Cette prise de parole intervient dans un contexte de recomposition interne marqué par des divisions autour du leadership et de la stratégie politique. Sans nommer explicitement ses adversaires internes, les propos d’Azatassou font écho aux divergences entre différentes sensibilités du parti. D’un côté, certains cadres prônent une approche plus flexible vis-à-vis du pouvoir ; de l’autre, un courant plus ferme, auquel il appartient, reste attaché à une ligne d’opposition stricte.
