Le rétablissement de la vice-présidence constitue la première grande révision constitutionnelle depuis 2008, année de la suppression de la limitation des mandats présidentiels, qui avait provoqué des manifestations d’ampleur. Supprimée en 1972 après un référendum, cette fonction fait ainsi son retour dans un contexte où la question de la succession au sommet de l’État devient centrale. Voici les cinq points essentiels pour comprendre ce tournant politique.
1. Une adoption rapide et largement majoritaire
Réunis en Congrès à Yaoundé, les parlementaires ont validé la réforme par 200 voix pour, 18 contre et 4 bulletins nuls. Ce vote massif, intervenu après des débats relativement courts dans un hémicycle peu garni, reflète la domination du parti au pouvoir sur les deux chambres. Le scrutin, organisé avec des bulletins de couleurs distinctes, n’aura duré qu’une trentaine de minutes, scellant sans surprise l’issue en faveur de la révision constitutionnelle.
2. Un vice-président appelé à succéder automatiquement au chef de l’État
Le cœur de la réforme repose sur un nouveau mécanisme de succession présidentielle. Désormais, en cas de décès, de démission ou d’empêchement du chef de l’État, le vice-président accédera automatiquement à la magistrature suprême pour achever le mandat en cours, d’une durée de sept ans. Ce changement rompt avec le dispositif précédent, qui confiait l’intérim au président du Sénat avant l’organisation d’une nouvelle élection. Le pouvoir fait ainsi le choix d’une transition immédiate, sans passage par les urnes.
3. Un poste étroitement lié au président
La réforme consacre un vice-président entièrement dépendant du chef de l’État. Nommé et révoqué par ce dernier, il exerce ses fonctions dans un cadre strictement défini par l’exécutif. Le texte encadre également ses prérogatives : une fois devenu président par intérim, il ne pourra ni engager de révision constitutionnelle ni se porter candidat à l’élection suivante. Cette architecture institutionnelle est présentée par ses promoteurs comme un garde-fou, mais ses détracteurs y voient au contraire un moyen de désigner un successeur sans légitimité électorale directe, renforçant de fait la centralisation du pouvoir autour de la présidence.
4. Une réforme justifiée par la stabilité dans un contexte sensible
Pour le gouvernement, cette révision vise avant tout à garantir la continuité de l’État. Les autorités mettent en avant la nécessité d’éviter toute vacance prolongée du pouvoir ou toute incertitude institutionnelle en cas d’événement imprévu. Cette préoccupation prend une dimension particulière dans un pays dirigé depuis 1982 par un président aujourd’hui âgé de 93 ans, dont la longévité politique alimente les interrogations sur la succession. L’exécutif insiste également sur les bénéfices attendus en matière de prévisibilité des transitions, de réduction des coûts électoraux et de stabilité globale du système politique.
5. Une réforme vivement contestée sur le plan démocratique
Malgré les arguments avancés par le pouvoir, la réforme a suscité une forte opposition. Plusieurs parlementaires et figures politiques dénoncent un texte qui affaiblit la légitimité démocratique en écartant le recours au suffrage universel dans une phase cruciale de la vie institutionnelle. Certains évoquent une « succession nominative » et redoutent l’émergence d’un « dauphin » désigné en amont par le président.
Dans la société civile, des voix s’élèvent également pour critiquer une fonction jugée floue dans ses missions et susceptible de servir d’outil de contrôle politique. Ces critiques interviennent dans un contexte déjà marqué par des tensions internes, notamment le conflit dans les régions anglophones, et ravivent le débat sur la gouvernance et l’équilibre des pouvoirs au Cameroun.
