À l’origine de cette montée de pression, une série de déclarations du chef de l’État américain. Donald Trump a évoqué la possibilité de « détruire un pays entier en une seule nuit », avant de menacer d’« anéantir une civilisation entière ». Des propos tenus dans un contexte international tendu, qui ont profondément inquiété une partie de la classe politique.

Du côté démocrate, la réaction a été immédiate. Plusieurs dizaines d’élus du Congrès ont estimé que ces déclarations constituaient un seuil critique, justifiant des mesures exceptionnelles. « Nous devons invoquer le 25e amendement et destituer Trump », a affirmé Ro Khanna, dénonçant une remise en cause des principes constitutionnels.

Même tonalité chez Mark Pocan, qui a jugé le président « trop déséquilibré, dangereux et dérangé pour avoir accès aux codes nucléaires ». Au Sénat, Ed Markey et Chris Murphy ont eux aussi exprimé leur inquiétude, ce dernier qualifiant l’attitude présidentielle de « complètement et totalement démente ».

Fait notable, ces critiques débordent désormais le cadre partisan. L’ancienne figure républicaine Marjorie Taylor Greene, pourtant longtemps proche de Donald Trump, a appelé à enclencher la procédure : « 25e amendement ! […] Nous ne pouvons pas anéantir une civilisation entière. C’est une folie. »

Le 25e amendement, un levier constitutionnel rarement envisagé

Adopté en 1967, le 25e amendement encadre les situations dans lesquelles un président ne serait plus en mesure d’exercer ses fonctions. Il prévoit notamment, dans sa section 4, la possibilité de déclarer un chef de l’État « inapte » à gouverner.

La procédure repose d’abord sur le vice-président actuellement J. D. Vance et sur une majorité des membres du cabinet présidentiel. Ensemble, ils peuvent adresser une déclaration écrite au Congrès pour constater l’incapacité du président. Le vice-président devient alors immédiatement président par intérim.

Cependant, le président visé peut contester cette décision. Dans ce cas, un bras de fer institutionnel s’engage : le cabinet et le vice-président disposent de quatre jours pour confirmer leur position, avant que le Congrès ne tranche.

Pour entériner la mise à l’écart du président, une majorité des deux tiers est requise à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat, un seuil particulièrement élevé.

Une alternative distincte de la destitution


Si le 25e amendement est aujourd’hui au cœur des discussions, il ne constitue pas le seul recours envisagé par les opposants à Donald Trump. Certains élus plaident également pour une nouvelle procédure de destitution (impeachment).

Contrairement au 25e amendement, cette procédure vise à sanctionner des fautes graves, « trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs ». Elle débute à la Chambre des représentants, puis se poursuit au Sénat, où une majorité des deux tiers est nécessaire pour destituer le président.

Ed Markey a ainsi résumé la position de plusieurs élus : « Nous ne pouvons rester les bras croisés alors que Donald Trump menace d’anéantir une civilisation entière ».

Des obstacles politiques majeurs

Malgré l’intensification des appels, les chances d’aboutissement de ces démarches demeurent limitées. Le cabinet de Donald Trump lui est largement fidèle, ce qui rend improbable l’activation du 25e amendement.

Par ailleurs, la majorité républicaine au Congrès complique toute tentative de destitution ou de confirmation d’une éventuelle incapacité présidentielle. La Maison-Blanche, de son côté, affiche sa sérénité. Son porte-parole a minimisé ces initiatives, les présentant comme le reflet de l’impuissance politique des démocrates.