Le département américain du Trésor à travers un communiqué officiel met en cause le rôle présumé de Joseph Kabila dans le soutien apporté à l’Alliance du fleuve Congo (AFC), branche politico-militaire liée au mouvement rebelle M23. Selon les autorités américaines, cette coalition armée est l’un des principaux acteurs de la résurgence des violences dans l’Est du pays, une région stratégique riche en ressources naturelles.


Des accusations lourdes au cœur d’un dispositif de sanctions élargi 

Le Trésor affirme que l’ancien chef de l’État aurait fourni une aide financière à l’AFC dans le but d’influencer l’évolution politique dans cette partie du territoire congolais. Il lui est également reproché d’avoir encouragé certains éléments des forces armées congolaises à faire défection pour rejoindre les rangs rebelles, dans une tentative présumée de regagner une influence politique au sommet de l’État, notamment en soutenant un candidat opposé au président en exercice, Félix Tshisekedi.

Concrètement, les sanctions américaines, prises par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), prévoient le gel de tous les avoirs que Joseph Kabila pourrait détenir aux États-Unis, ainsi que l’interdiction de toute transaction via le système financier américain. Une mesure destinée à isoler davantage l’ancien dirigeant et à accroître la pression internationale pour un retour à la stabilité dans l’Est de la RDC.

Ces sanctions interviennent dans un contexte diplomatique fragile. Les États-Unis tentent depuis plusieurs mois de relancer un processus de paix entre la RDC et le Rwanda, dont les relations sont fortement dégradées en raison des accusations de soutien rwandais au M23. Un accord conclu à Washington en décembre 2025 entre les deux pays s’est rapidement effondré, malgré de nouvelles discussions organisées le mois dernier pour tenter de désamorcer les tensions.

Dans cette dynamique, Washington a déjà pris des mesures contre d’autres acteurs impliqués dans le conflit. Le mois dernier, des sanctions ont été imposées aux Forces de défense rwandaises ainsi qu’à plusieurs responsables militaires, accusés de jouer un rôle actif dans les affrontements dans l’Est congolais. Les autorités américaines ont exigé leur retrait immédiat de cette zone en proie à l’insécurité.

Washington affiche sa fermeté 

Le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, a insisté sur la détermination de son pays à faire respecter les engagements pris. « Le président Donald Trump ouvre la voie à la paix en République démocratique du Congo et a clairement indiqué que ceux qui continuent de semer l’instabilité devront répondre de leurs actes », a-t-il déclaré, ajoutant que tous les moyens disponibles seront mobilisés pour préserver l’intégrité des accords conclus à Washington.

Même fermeté du côté du département d’État américain. Son porte-parole, Tommy Pigott, a lancé un appel à l’ensemble des dirigeants de la région à se désolidariser des acteurs de la violence : « L’action d’aujourd’hui envoie un message clair : nous tiendrons pour responsables quiconque entrave les efforts de paix en RDC ».

Réactions contrastées entre la RDC et le Rwanda 

À Kinshasa, la réaction des autorités n’a pas tardé. Le vice-Premier ministre Jacquemain Shabani a salué une décision qu’il qualifie de « mesure attendue depuis longtemps ». Il a vivement mis en cause l’ancien président, le présentant comme « l’instigateur, l’initiateur, l’architecte de la déstabilisation du Congo ». Selon lui, « M. Kabila fait partie de ceux qui rendent l’instauration de la paix en République démocratique du Congo difficile et complexe ».

De son côté, le Rwanda continue de rejeter les accusations formulées par la RDC, les Nations unies et plusieurs pays occidentaux, qui l’accusent de soutenir le M23. Sur le terrain, ce groupe rebelle a intensifié ses opérations ces derniers mois, étendant son contrôle sur de larges portions du territoire dans l’Est du pays.

Pressions judiciaires et politiques accrues autour de Joseph Kabila 

Parallèlement à ces développements internationaux, la situation judiciaire de Joseph Kabila s’est fortement dégradée. L’ancien président a été condamné à mort par contumace l’an dernier par un tribunal militaire de Kinshasa pour crimes de guerre, trahison et crimes contre l’humanité, dans une affaire liée à son rôle présumé dans le soutien aux groupes armés. Une décision qu’il conteste, dénonçant une justice politisée.

Après près de vingt années passées à la tête de la RDC, Joseph Kabila avait quitté le pouvoir dans un climat de fortes tensions, marqué par des manifestations meurtrières. Depuis fin 2023, il réside principalement en Afrique du Sud, bien qu’il ait effectué un déplacement remarqué à Goma en mai dernier, une ville alors sous influence rebelle.

Dans le même temps, les autorités congolaises ont intensifié la pression sur son camp politique, en ciblant son parti et en procédant à la saisie de biens appartenant à certains de ses proches.