Une nouvelle étape s’ouvre dans la vie politique sénégalaise. Onze jours après le départ d’Ousmane Sonko de la Primature, le président Bassirou Diomaye Faye a validé la composition d’un gouvernement de 30 membres marqué par l’absence du Pastef, la formation politique qui avait joué un rôle central dans son accession au pouvoir.

Cette recomposition intervient dans un contexte de tensions croissantes entre le chef de l’État et son ancien Premier ministre. Après plusieurs mois de divergences, Bassirou Diomaye Faye avait mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko à la tête du gouvernement. Ce dernier occupe désormais la présidence de l’Assemblée nationale.

Le Pastef refuse d’intégrer la nouvelle équipe

Présenté dans la soirée du lundi 1er juin par le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô, le nouveau gouvernement ne compte aucun des principaux responsables du Pastef qui occupaient jusque-là des postes stratégiques au sein de l’exécutif.

Dans un communiqué, le parti dirigé par Ousmane Sonko a annoncé qu’il ne participerait pas à ce gouvernement, évoquant des « points de désaccords » apparus lors des discussions relatives à la composition de l’équipe ministérielle.

Cette décision confirme l’éloignement politique entre les deux hommes qui avaient pourtant mené ensemble le combat ayant conduit à l’alternance au sommet de l’État.

Plusieurs proches de Sonko quittent le gouvernement

Le nouveau cabinet se distingue par le départ de plusieurs figures associées à Ousmane Sonko. Des personnalités qui occupaient notamment les ministères de l’Intérieur, de la Justice ou encore du Pétrole ne figurent plus dans la nouvelle équipe.

Trois membres issus du Pastef demeurent toutefois au gouvernement. Parmi eux, Yankhoba Diémé change de portefeuille et prend désormais la tête du ministère des Forces armées après avoir dirigé le département des Transports.

Des technocrates et alliés du président aux postes clés

La nouvelle équipe gouvernementale repose principalement sur des technocrates et des personnalités politiques proches du président Bassirou Diomaye Faye.

Cheikh Diba conserve ainsi les portefeuilles du Budget et des Finances. Acteur majeur des récentes discussions avec le Fonds monétaire international (FMI), il voit ses responsabilités élargies avec l’ajout du ministère de l’Économie à ses attributions. Cette décision intervient alors que le Sénégal est confronté à d’importants défis financiers et à un niveau d’endettement élevé.

De son côté, El Hadji Abdourahmane Diouf quitte l’Environnement pour prendre les commandes du ministère du Pétrole, de l’Énergie et des Mines. Il s’était notamment illustré par son soutien public au président lors des différends qui l’opposaient à Ousmane Sonko.

Mouhamadou Makhtar Cissé nommé à l’Intérieur

Le ministère de l’Intérieur change également de titulaire. Mouhamadou Makhtar Cissé succède à l’ancien occupant du poste, connu pour avoir été l’avocat d’Ousmane Sonko.

Ancien directeur général des Douanes, il a également exercé les fonctions de ministre de l’Intérieur sous la présidence de l’ancien chef de l’État, Macky Sall. À ce poste, il avait notamment supervisé l’organisation de l’élection présidentielle de 2024.

Un « gouvernement de mission » confronté à un défi politique

Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lô a qualifié la nouvelle équipe de « gouvernement de mission et d'obligation de résultat ».

Le cabinet compte sept ministres issus de formations alliées au Pastef. La représentation féminine demeure en revanche limitée avec seulement quatre femmes parmi les 30 membres du gouvernement.

Si l’exécutif affiche sa volonté de se concentrer sur les priorités économiques et administratives du pays, l’absence du Pastef constitue l’un des principaux enjeux politiques de cette nouvelle configuration. Le parti d’Ousmane Sonko demeure en effet une force majeure de la majorité ayant porté Bassirou Diomaye Faye à la magistrature suprême, ce qui confère à ce gouvernement une portée politique particulière dès son entrée en fonction.