Jamais un séjour à l'étranger de Paul Biya n'avait autant alimenté les débats au Cameroun. Depuis son départ de Yaoundé le 7 juin, le président camerounais reste absent de la scène publique. Aucune activité officielle n'a été annoncée et les autorités continuent de garder le silence sur les circonstances de cette absence prolongée.

La dernière image officielle du chef de l'État remonte précisément au 7 juin. Ce jour-là, le quotidien gouvernemental Cameroon Tribune avait publié une photographie montrant Paul Biya aux côtés de son épouse, Chantal Biya, avant leur départ. Dans un communiqué, la présidence indiquait que le couple se rendait en Europe pour « un court séjour privé ».

Cinquante jours plus tard, le président n'est toujours pas rentré au Cameroun. Ce déplacement est désormais présenté comme le plus long séjour à l'étranger de Paul Biya depuis son accession au pouvoir, sans qu'aucune explication officielle n'ait été fournie sur sa durée ou sur une éventuelle date de retour.

Selon Jeune Afrique, le chef de l'État se trouverait en Suisse, où il aurait été admis dans une clinique privée quelques semaines après avoir été victime d'un malaise. À ce stade, ces informations n'ont toutefois pas été confirmées officiellement par les autorités camerounaises, qui n'ont fait aucune déclaration sur l'état de santé du président.

L'opposition dénonce un manque de transparence

Cette longue absence continue de susciter des réactions au sein de la classe politique et de la société civile. Plusieurs responsables estiment que le silence du pouvoir entretient l'incertitude sur le fonctionnement des institutions.

Le professeur Aba'a Oyono, présenté comme un soutien d'Issa Tchiroma lors de la dernière élection présidentielle, évoque une « vacance du pouvoir ».

Le Social Democratic Front (SDF), représenté à l'Assemblée nationale par le député Joshua Osih, affirme que le Cameroun fonctionne désormais en « pilotage automatique ». Pour le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), le pays est gouverné en mode « télétravail », une formule employée pour dénoncer l'absence prolongée du chef de l'État.

Le RDPC tente de rassurer

Face aux nombreuses spéculations, le gouvernement n'a publié aucune communication officielle. La seule réaction est venue du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), le parti au pouvoir.

La semaine dernière, son secrétaire national à la communication a assuré qu'« il n'y a pas de vacance du pouvoir, et le président est au travail », sans toutefois préciser le lieu depuis lequel Paul Biya exercerait ses fonctions.

En attendant une prise de parole officielle ou le retour du président au Cameroun, les interrogations continuent de s'intensifier. Entre le silence des autorités, les rumeurs sur son état de santé et les critiques de l'opposition, cette absence inédite de Paul Biya demeure au centre de l'actualité politique camerounaise.