La cérémonie d'installation du Sénat béninois s'est déroulée ce jeudi 30 juillet 2026 à Porto-Novo. Elle a réuni plusieurs personnalités politiques et d'anciens responsables d'institutions de la République. Dieudonné Nicéphore Soglo, doyen d'âge de cette première mandature, était absent.

En son absence, c'est Elisabeth Pognon, doyenne d'âge en second, qui a présidé la séance. Ancienne présidente de la Cour constitutionnelle du Bénin, elle siège désormais comme sénatrice. Deux jeunes parlementaires l'ont assistée dans l'organisation du présidium. Charles Toko et Adidjatou Mathys, respectivement les deux plus jeunes membres du Sénat, ont complété ce dispositif inaugural.

La genèse d'une institution née d'un vide juridique

Dans son discours, Elisabeth Pognon est revenue sur le contexte ayant conduit à la création de cette seconde chambre du Parlement. Elle a rappelé les réformes politiques et institutionnelles engagées au cours de la dernière décennie. La Constitution du 11 décembre 1990 a ainsi connu deux révisions majeures, en 2019 puis en 2025.

Elle a expliqué la nécessité de cette nouvelle chambre par les limites des institutions existantes. La Cour constitutionnelle, selon elle, ne peut connaître que des litiges à caractère juridique. Elle ne peut trancher les questions politiques dépourvues de fondement constitutionnel ou légal. Les institutions judiciaires, de leur côté, n'interviennent que lorsque les faits présentent un caractère pénal.

« C'est ce vide observé dans notre vie institutionnelle et politique que le Sénat vient combler », a-t-elle affirmé.

Des missions précisées par la Constitution

Elisabeth Pognon s'est appuyée sur l'article 113.1 de la Constitution pour détailler les attributions de la nouvelle chambre. Le Sénat est chargé de réguler la vie politique nationale. Il doit veiller aux mœurs politiques. Il doit également contribuer au renforcement de la stabilité politique, de la démocratie et de la paix.

Elle a aussi présenté la composition de l'institution. Le Sénat regroupe des membres de droit et des membres désignés. Pour cette première mandature, des personnalités ont été nommées afin de compléter l'effectif fixé à 25 membres.

« L'honneur redoutable » d'ouvrir la voie

S'adressant directement à ses collègues sénateurs, Elisabeth Pognon a insisté sur le poids symbolique de cette première mandature. Elle a rappelé que les décisions prises aujourd'hui façonneront durablement l'image de l'institution.

« Vous et moi avons l'honneur redoutable d'être les premiers au sein de cette nouvelle institution. La responsabilité nous incombe de lui donner ses premières marques et le prestige de son salut », a-t-elle déclaré.

Pour elle, les premiers sénateurs écriront les toutes premières pages de cette institution encore absente du paysage politique béninois. Leur mandat sera jugé moins sur les intentions affichées que sur la pratique concrète du pouvoir.

Une institution encore regardée avec réserve

Elisabeth Pognon n'a pas éludé les réticences suscitées par la création du Sénat. Elle a reconnu que l'institution suscite encore des interrogations et des appréhensions au sein de l'opinion publique et de la classe politique béninoises.

Pour dissiper ces doutes, elle a appelé les sénateurs à fonder chacune de leurs décisions sur « l'objectivité ». Cette exigence doit, selon elle, permettre de faire naître progressivement la confiance des citoyens envers la nouvelle chambre.

Un rôle de consolidation des équilibres nationaux

Au-delà de la seule crédibilité institutionnelle, Elisabeth Pognon a assigné au Sénat une ambition plus vaste. Elle souhaite voir la chambre haute devenir un pilier de stabilité pour le pays.

Les sénateurs doivent, selon ses mots, transformer leur institution en « une véritable institution de sauvegarde et de renforcement des acquis de l'unité nationale, du développement de la nation, de la défense du territoire, de la sécurité publique, de la démocratie et de la paix ».

Elisabeth Pognon a conclu son intervention en rappelant que seuls les actes permettront de répondre aux réserves entourant encore le Sénat. Les citoyens béninois observent désormais attentivement cette jeune institution. Ses premières décisions et ses premières actions seront scrutées comme autant de signaux sur sa capacité à remplir le rôle qui lui a été confié par la Constitution.