« La menace terroriste posée par Daech et Al-Qaïda continue de croître sur le continent », a reconnu le général Anderson, soulignant que cette évolution impose de « collaborer avec nos partenaires clés afin de faire face à la nature changeante de la guerre ». Pour AFRICOM, l’enjeu n’est plus seulement d’appuyer des opérations ponctuelles, mais d’accompagner durablement les armées africaines dans la construction de réponses adaptées à des groupes de plus en plus mobiles, transnationaux et innovants dans leurs modes d’action.

Une riposte régionale coordonnée contre les groupes terroristes


De l’Afrique de l’Est à l’Afrique de l’Ouest, le commandant d’AFRICOM dit avoir multiplié les échanges avec les autorités politiques et militaires. En Éthiopie, au Kenya et à Djibouti, les discussions ont porté sur la lutte contre les Chabab, Daech et l’influence croissante des Houthis dans la région. « Tout le monde était d’accord : on doit y faire face ensemble », a-t-il rapporté, citant ses échanges avec le Premier ministre Abiy Ahmed, le Président kényan William Ruto et le Président djiboutien Ismaïl Omar Guelleh. Même logique en Afrique de l’Ouest, où la progression du JNIM, affilié à Al-Qaïda, et de groupes se réclamant de l’État islamique alimente de fortes inquiétudes, notamment dans le Sahel et le long du golfe de Guinée.

Dans ce contexte, AFRICOM met en avant des partenariats ciblés, à l’image de la coopération avec le Nigeria. « Notre partenariat avec le Nigeria est l’exemple parfait d’un partenaire volontaire et compétent », a affirmé le général Anderson, évoquant l’apport de capacités américaines spécifiques, notamment en matière de renseignement, de surveillance et de reconnaissance (ISR) ainsi que de fusion du renseignement. Selon lui, c’est dans cette complémentarité que réside l’efficacité : « Lorsque nous fusionnons les capacités uniques que les États-Unis peuvent offrir avec la volonté et l’engagement de nos partenaires, nous sommes beaucoup plus efficaces face à ces menaces ».

AFRICOM revendique également un appui opérationnel direct lorsque les partenaires en font la demande, comme en Somalie. Interrogé sur l’augmentation des frappes aériennes américaines, le général Anderson a expliqué qu’elles ont permis de soutenir les forces locales engagées contre Daech dans les monts Golis. « Ces frappes leur ont permis de rester mobilisés, de réduire le territoire contrôlé par Daech et de maintenir une pression constante sur leurs dirigeants, les contraignant à rester dans la clandestinité », a-t-il précisé, insistant sur le caractère ciblé et complémentaire de ces actions par rapport aux opérations menées par les forces somaliennes.


Au-delà des frappes, AFRICOM met l’accent sur des capacités jugées structurantes dans la durée, comme la surveillance maritime. Le sergent-major Banfield a rappelé l’importance de la connaissance du domaine maritime pour contrer non seulement les mouvements de groupes terroristes, mais aussi les trafics d’armes, la piraterie et la pêche illégale. « L’objectif est d’aider nos partenaires à renforcer leurs capacités de sécurité afin qu’ils puissent protéger leurs côtes et leurs frontières », a-t-il expliqué, dans un contexte de menaces accrues en mer Rouge et dans le golfe d’Aden.


Des exercices multinationaux pour renforcer l’interopérabilité


Pour faire face à des organisations terroristes de plus en plus transnationales, AFRICOM mise sur des exercices multinationaux destinés à améliorer l’interopérabilité entre forces africaines et partenaires internationaux. « Tous nos exercices sont axés sur le multilatéralisme », a insisté le général Anderson, rappelant que ces manœuvres rassemblent des pays d’Afrique, d’Europe, d’Amérique du Sud, du Moyen-Orient et de la zone indopacifique autour de menaces communes, notamment le terrorisme et les trafics.


L’exercice African Lion, prévu au Maroc, constitue la principale vitrine de cette approche. Il réunira 19 pays africains, six pays européens ainsi que des partenaires d’autres régions du monde, avec des volets organisés en Tunisie, au Ghana et au Sénégal. L’objectif est de travailler à l’échelle régionale et non de manière isolée. D’autres exercices complètent ce dispositif, comme Cutlass Express au Mozambique, axé sur la sécurité maritime en Afrique de l’Est, ou Justified Accord au Kenya, avec des pôles opérationnels en Tanzanie et à Djibouti.

Du côté des forces spéciales, Flintlock, prévu en Côte d’Ivoire avec une antenne en Libye, vise spécifiquement la lutte contre le terrorisme. « Les opérations multinationales sont extrêmement complexes », a rappelé le sergent-major Banfield. « Nous devons nous entraîner régulièrement afin de renforcer l’interopérabilité entre les partenaires ». Une particularité de cette édition réside dans le pôle libyen, encadré par des mentors italiens, destiné à rapprocher les forces de l’Est et de l’Ouest du pays autour d’objectifs communs de lutte contre les groupes armés.

Une approche élargie : sécurité, innovation et partenariats durables


Si la lutte contre le terrorisme demeure la priorité affichée, AFRICOM entend l’inscrire dans une approche plus globale. Le sergent-major Banfield a salué l’innovation observée chez les partenaires africains : « Il s’agit d’une relation bilatérale, où nous présentons des technologies, mais où nous apprenons aussi comment elles peuvent être adaptées au contexte africain ». Le général Anderson, lui, a souligné l’importance d’« écouter les partenaires » pour mieux comprendre leurs besoins réels et adapter les formes de coopération.


À terme, AFRICOM veut arrimer ses efforts sécuritaires à des dynamiques plus larges de stabilité et de développement. « La sécurité conduit à la stabilité ; la stabilité crée des possibilités d’investissement ; et ces investissements conduisent à la prospérité », a résumé le commandant. Une équation que le commandement américain entend désormais placer au cœur de sa relation avec l’Afrique, dans un contexte où la lutte contre le terrorisme reste, plus que jamais, un défi partagé.