Une libération d’otages qui aurait eu un lourd coût sécuritaire. Près de 50 millions de dollars versés en échange de la libération d’otages ont ensuite alimenté les capacités d’action des groupes liés à Al-Qaïda au Mali, selon un rapport des Nations unies. L’information, rapportée par Reuters, met en lumière l’importance des enlèvements dans le financement des groupes jihadistes actifs dans la région.
Le rapport ne révèle pas l’identité de l’otage concerné ni celle de la partie ayant effectué le paiement. Trois sources régionales citées par Reuters affirment toutefois que les Émirats arabes unis auraient versé la rançon.
Selon deux sources sécuritaires régionales, trois ressortissants étrangers auraient été libérés à la suite de l’opération : un citoyen émirati, ainsi qu’un ressortissant pakistanais et un ressortissant iranien. Les sources n’ont pas précisé les conditions exactes de leur libération ni les éventuels montants versés pour les deux derniers otages.
Interrogé sur cette affaire, un responsable des Émirats arabes unis n’a pas confirmé le paiement. Il a plutôt réaffirmé la position de son pays contre l’extrémisme et le terrorisme.
« Les Émirats arabes unis continuent de renforcer leurs efforts de lutte contre le terrorisme grâce à une participation active aux cadres internationaux et régionaux pertinents », a déclaré le responsable. Il a également assuré que le pays poursuivait ses efforts pour couper les sources de financement de l’extrémisme et combattre l’idéologie radicale.
Une importante partie de la rançon redistribuée aux combattants
Le rapport des Nations unies indique que l’essentiel de la somme versée en 2025 a été réparti entre plusieurs katibas, terme désignant les unités combattantes du JNIM, une coalition de groupes affiliés à Al-Qaïda active dans le Sahel.
Selon les experts de l’ONU, « ces fonds ont joué un rôle clé dans le financement de l’offensive du groupe à travers le Mali ». Le document ne précise toutefois pas par quels circuits l’argent a été transféré ni les dépenses exactes qu’il a permis de financer.
Le JNIM disposerait de 7 000 à 8 000 combattants dans la région du Sahel, dont environ la moitié au Mali, d’après le rapport. Le groupe est également actif au Burkina Faso et au Niger et ses combattants ou alliés opèrent plus au sud, notamment au Bénin et au Togo. Cette implantation géographique permet au réseau de maintenir une pression sur plusieurs États d’Afrique de l’Ouest.
Pour les spécialistes de la région, une telle injection de liquidités peut permettre aux groupes armés de renforcer leurs effectifs, d’acquérir des équipements, de financer leur logistique et de consolider leurs opérations sur de vastes territoires.
Une rançon exceptionnellement élevée
Les enlèvements constituent depuis longtemps une source importante de revenus pour les groupes armés opérant au Sahel. Mais la somme évoquée dans le rapport de l’ONU dépasse largement les montants généralement associés à la libération d’étrangers.
Selon des sources sécuritaires citées par Reuters, les rançons habituellement versées pour des otages étrangers se situent plutôt entre 4 et 6 millions de dollars.
Le montant d’environ 50 millions de dollars apparaît donc comme particulièrement important. Pour le JNIM, les enlèvements ne représentent toutefois pas uniquement une activité destinée à obtenir de l’argent.
Le rapport de l’ONU estime que le groupe utilise également les prises d’otages pour fragiliser la confiance des populations dans la capacité des États à assurer leur sécurité.
Cette stratégie s’inscrit dans une dynamique d’expansion du groupe au Mali, où les forces gouvernementales sont confrontées à une insurrection persistante.
Le JNIM accentue la pression sur les autorités maliennes
La puissance financière et opérationnelle du JNIM s’est manifestée à plusieurs reprises ces derniers mois. En avril 2026, des combattants du groupe, alliés à des rebelles séparatistes, ont attaqué Bamako ainsi que plusieurs villes du pays, selon des informations précédemment rapportées par Reuters. Cette offensive avait notamment coûté la vie au ministre malien de la Défense.
En juin, le JNIM avait également annoncé une récompense de plusieurs millions d’euros pour toute personne fournissant des informations permettant de retrouver le président malien et de hauts responsables militaires.
Ces actions illustrent la pression exercée par le groupe sur les autorités maliennes, dans un contexte où les violences jihadistes se poursuivent également au Burkina Faso et au Niger.
L’argent aurait circulé au-delà du Mali
Une partie de la rançon n’aurait pas été conservée par les seules structures du JNIM opérant au Mali. Selon le rapport des experts de l’ONU, une fraction de la somme a été attribuée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), branche d’Al-Qaïda implantée en Afrique du Nord et intégrée au JNIM.
AQMI aurait ensuite transféré une partie de ces fonds vers la direction centrale d’Al-Qaïda ainsi que vers Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA), active au Yémen.
Le rapport ne donne pas le montant précis de ces transferts. Reuters indique par ailleurs ne pas avoir pu contacter les différentes branches d’Al-Qaïda pour vérifier ces informations.
Une révélation qui souligne le poids croissant des groupes africains
Ces informations interviennent alors qu’Al-Qaïda a progressivement évolué d’une organisation fortement centralisée autour de ses bastions historiques en Afghanistan et au Pakistan vers un réseau plus décentralisé.
Ses branches africaines occupent désormais une place centrale dans l’organisation. Le JNIM est notamment devenu l’un des groupes les plus puissants affiliés à Al-Qaïda sur le continent.
Le rapport de l’ONU montre ainsi comment une opération de libération d’otages peut avoir des conséquences dépassant largement le seul territoire où l’enlèvement a été commis. Une partie des fonds aurait en effet contribué au financement d’autres composantes du réseau jihadiste.
Les experts des Nations unies n’ont pas précisé comment ils ont retracé le parcours de la rançon. Les équipes chargées du suivi d’Al-Qaïda et de l’État islamique s’appuient notamment sur des renseignements transmis par différents services à travers le monde ainsi que sur leurs propres sources.
Le rapport a été présenté à huis clos au Comité des sanctions du Conseil de sécurité de l’ONU la semaine dernière. Daté du 10 août 2026, il a été publié sur le site des Nations unies le lendemain, selon une source informée citée par Reuters.
Les autorités maliennes n’avaient pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires de Reuters. Les gouvernements iranien et pakistanais n’ont pas davantage réagi aux informations concernant leurs ressortissants.
