Le ver Taenia solium, parasite intestinal potentiellement responsable de paralysie et d’épilepsie chez l’homme, trouve souvent son origine dans des conditions d’hygiène défaillantes, selon Bernadette Abela, experte de l’OMS et spécialiste des maladies tropicales. « C’est un parasite évitable, mais dont la propagation est favorisée par la négligence en matière d’hygiène personnelle et alimentaire », explique t-elle. La principale voie de transmission reste la consommation de viande de porc contaminée et mal cuite, ou encore le contact avec des aliments souillés par des œufs du parasite. Cette infection, appelée taeniase ou, dans sa forme grave, neurocysticercose, constitue une « menace silencieuse mais grave » pour la santé publique, en particulier dans les zones où l’assainissement est insuffisant.
« Le ténia vit dans l’intestin avec vous. Il mesure plusieurs mètres, mais la plupart des personnes ne savent même pas qu’elles sont infectées », alerte Bernadette Abela. Le danger devient réel lorsque les œufs du parasite migrent dans l’organisme et forment des kystes, notamment dans le cerveau, provoquant de graves troubles neurologiques : convulsions, maux de tête, voire épilepsie. L’impact mondial est alarmant. Selon l’OMS, Taenia solium serait à l’origine de millions de cas d’épilepsie évitable, représentant jusqu’à 70 % des cas dans certaines régions endémiques. Entre 2,5 et 8 millions de personnes souffriraient actuellement de neurocysticercose, selon les données de l’organisation. Et le risque ne se limite pas aux consommateurs de viande de porc. « Même les végétariens peuvent être infectés, notamment par des légumes ou des ustensiles contaminés », souligne l’experte. Le cycle de transmission repose principalement sur le manque d’hygiène : les œufs du parasite, excrétés par les personnes infectées, contaminent ensuite l’eau ou les aliments en cas de défécation à l’air libre ou de mauvaise hygiène des mains.
Prévention et traitement : les gestes essentiels
Face à cette menace invisible mais évitable, l’OMS insiste : l’hygiène stricte, cuisson complète et prévention multisectorielle sont les clés pour mettre fin à la propagation de ce parasite. Pour se prémunir, l’OMS recommande des gestes simples mais essentiels : se laver soigneusement les mains après chaque passage aux toilettes, laver les fruits et légumes avant consommation, éviter l’utilisation de fumier humain non traité en agriculture, et surtout, s’assurer de bien cuire la viande de porc avant de la consommer. Côté traitement, tout dépend du type d’infection contractée. Les formes intestinales peuvent être soignées avec des antiparasitaires spécifiques. En revanche, les cas de neurocysticercose, lorsque les larves atteignent le cerveau nécessitent une prise en charge médicale spécialisée, incluant parfois des traitements antiépileptiques ou chirurgicaux.
Pour éradiquer durablement Taenia solium, l’OMS recommande de s’appuyer sur l’approche intégrée dite « Une seule santé ». Celle-ci combine la santé humaine, animale et environnementale, soulignant qu’au-delà du traitement des personnes infectées, il est crucial de vermifuger et vacciner les porcs, principaux hôtes intermédiaires du parasite.
Isidore Atidéyètin
