Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, Daagbo Parfaite, figure spirituelle de Banamè, a tenu des propos pour le moins déroutants. Elle y affirme détenir un pouvoir surnaturel capable d’anéantir le Bénin. « Si je le veux, je deviens air, feu ou eau. Et si je touche la mer, le Bénin disparaît », a-t-elle déclaré, devant un public conquis. Pour les auteurs du recours, ces propos, même tenus dans un cadre religieux, sont lourds de conséquences. Ils estiment qu'ils alimentent la peur, sapent la confiance citoyenne envers les institutions et menacent l’intégrité de la République. Selon eux, ces déclarations vont à l’encontre des principes de paix, d’unité et de stabilité garantis par la Constitution béninoise. Les plaignants voient dans les paroles de Daagbo une dérive grave, qu'ils considèrent comme une atteinte à la cohésion nationale et une transgression manifeste des normes constitutionnelles.

Des fondements constitutionnels remis en cause

Dans leur requête adressée à la Cour constitutionnelle, les plaignants accusent Daagbo Parfaite d’avoir porté atteinte à la souveraineté nationale et à l’unité de l’État, telles que définies dans les articles 2 et 3 de la Constitution. L’article 2 établit que la République du Bénin est « une et indivisible », tandis que l’article 3 précise que la souveraineté appartient exclusivement au peuple, exercée par ses représentants. Pour les requérants, affirmer qu’un individu détient un pouvoir surnaturel capable d’effacer un pays revient à nier l’autorité du peuple et à s’ériger au-dessus de la Constitution. Ils y voient une menace symbolique à l’unité nationale et à l’indépendance du Bénin. Les articles 23 et 34 de la Loi fondamentale sont également invoqués. Si la liberté d’expression et de religion est garantie, elle doit respecter l’ordre public et les droits d’autrui. Or, selon les requérants, les déclarations de la cheffe spirituelle ne relèvent pas d’une simple croyance mais sèment la peur, fragilisent la confiance dans les institutions et troublent l’ordre public, ce qui constitue une entorse aux principes constitutionnels.

Un discours jugé contraire à l’ordre républicain


Les plaignants s’appuient également sur l’article 34 de la Constitution, qui impose à tout citoyen, civil ou militaire, l’obligation de respecter la loi fondamentale et l’ordre républicain. En se proclamant capable de faire disparaître le Bénin par un pouvoir surnaturel, Parfaite de Banamè se placerait, selon eux, en rupture avec cet engagement de loyauté envers l’État. Ils estiment que ce type de propos érode la légitimité des institutions, fragilise l’ordre établi et fait la promotion d’un pouvoir mystique parallèle, en contradiction avec les principes de laïcité et d’État de droit. Les requérants invoquent également l’article 32, qui appelle chaque citoyen à défendre la patrie, et l’article 36, qui prône le respect de l’autre sans discrimination. Pour eux, les propos tenus sont perçus comme une menace implicite à l’intégrité nationale et aux valeurs de vivre-ensemble.

En conclusion, ils demandent à la Cour constitutionnelle de constater la violation des articles 2, 3, 23, 32, 34 et 36 de la Constitution et d’en tirer les conséquences. Ils souhaitent que la Cour rappelle publiquement le devoir de respect des institutions républicaines à tous les citoyens, afin de prévenir toute dérive portant atteinte à l’unité nationale.