Vers un arsenal de lois pour en découdre avec les auteurs d’actes terroristes au Nigéria. Le Sénat appelle à une intervention immédiate du gouvernement fédéral pour juguler les attaques terroristes et les enlèvements dans le pays. L’institution a recommandé aux parlementaires une révision de la législation nigériane sur les armes à feu, afin de permettre aux citoyens responsables de lutter contre les réseaux criminels, suivant ainsi les pratiques en vigueur dans plus de 175 pays à travers le monde.
La résolution faisait suite à la motion intitulée : « Nécessité urgente de lutter contre l'insécurité croissante dans les États de Kwara, Kébbi et Niger - Appel à une intervention fédérale immédiate et globale ». Elle a été présentée par Lola Ashiru, députée de Kwara Sud, en réaction à la vague d'attaques contre des écoles, des lieux de culte et des communautés rurales, notamment le raid du 18 novembre contre l'église apostolique du Christ (CAC) à Eruku, dans l'État de Kwara. Cette attaque armée a fait deux morts et 38 fidèles enlevés. Des opérations de sécurité coordonnées ont permis la libération de tous les otages, ainsi que celle de 51 étudiants dans l'État de Niger.
Insécurité scolaire et enlèvements : le Sénat alerte sur la menace croissante des réseaux criminels
Les sénateurs ont exprimé leur profonde inquiétude face aux enlèvements et aux raids de masse qui ont entraîné la fermeture d'écoles dans cinq zones de gouvernement local de l'État de Kwara, dans les États de Niger et de Kébbi, ainsi que dans les 47 écoles fédérales d'unité nationale. « Nous devons agir avec détermination pour protéger les enfants, les fidèles et les communautés rurales de tout traumatisme supplémentaire », a déclaré la vice-présidente du Sénat, Lola Ashiru, auteure de la motion.
Des informations indiquent que des militaires ont été retirés du lycée public pour filles de Maga, dans l'État de Kébbi, peu avant un enlèvement. Ce qui a incité le Sénat à ordonner une enquête urgente. Les parlementaires ont également mis en garde contre des réseaux criminels de plus en plus organisés, qui exploitent les corridors forestiers poreux à travers les régions de Kwara-Kogi, Kébbi-Zamfara et Shiroro-Rafi-Munya au Niger, avec l'aide de complices locaux qui leur fournissent des renseignements et soutien logique.
Rançons, impunité et surveillance : le Sénat dénonce les failles dans la lutte contre le terrorisme
Dans son intervention, un autre sénateur, Sani Musa a critiqué le sauvetage de 58 ravisseurs par le gouvernement fédéral sans qu'un seul coup de feu ne soit tiré, laissant supposer qu'une rançon aurait pu être versée aux ravisseurs, rapporte The Guardian Nigeria.
Le député Musa a déclaré que les terroristes ne peuvent être vaincus qu'avec les technologies modernes, se demandant pourquoi le bureau du conseiller à la sécurité nationale et le ministère des Communications n'ont pas été en mesure de localiser et d'arrêter les terroristes qui utilisent des téléphones portables et autres appareils de communication dans leurs opérations.
Ce sénateur de l’Etat de Niger a déclaré que les deux agences gouvernementales devraient être en mesure de communiquer aux Nigérians la localisation des terroristes, car elles disposent de la technologie nécessaire pour les repérer. Il a également insisté sur la nécessité d'identifier les personnes négociant les rançons au nom des terroristes, soulignant que les intermédiaires doivent connaître leur domicile
Terrorisme, impunité et dissimulation : les sénateurs dénoncent l’inaction et l’improvisation du gouvernement
De son côté, le sénateur Eyinnaya Abaribe a accusé le gouvernement de dissimuler la vérité aux Nigérians concernant les problèmes de sécurité qui affectent le pays. Selon lui, dans de nombreuses zones de gouvernement local des États de Katsina, Zamfara et d'autres États du nord, les populations paient des taxes à des terroristes et des bandits pour assurer leur propre sécurité. « Si j’étais le commandant en chef, je demanderais la destitution du commandant qui a ordonné le retrait des troupes de l’école de Kebbi peu avant l’arrivée des terroristes », a déclaré le sénateur Abaribé.
Le sénateur Abdul Ningi a fait remarquer lui, que les enlèvements étaient devenus une activité plus lucrative que le pétrole et la politique. Il a tout exhorté le gouvernement à se montrer plus proactif face aux défis croissants liés au terrorisme. Un autre sénateur de Kwara, Sadiq Umar, a déclaré que la lutte contre le terrorisme ne pourrait être gagnée si les collaborateurs n'étaient pas arrêtés et poursuivis en justice. Umar a déclaré que le pays est en guerre, et a souligné les lacunes des méthodes opérationnelles des troupes, tout en plaidant pour un renforcement des investissements dans la sécurité.
Face à l’escalade terroriste, le Sénat prône l’armement civil encadré et des sanctions plus sévères
Pour lutter efficacement contre le terrorisme, le Sénat a demandé une modification de la loi sur les armes à feu afin d'autoriser le port d'armes responsable pour légitime défense. Les parlementaires ont fait remarquer que cette pratique est en vigueur dans environ 175 pays. Dans une position juridique ferme, le Sénat a souligné que l'enlèvement devrait être formellement qualifié d'acte terroriste, passible de la peine de mort, afin de dissuader les auteurs de tels actes. Il a également demandé une révision de la législation nigériane sur les armes à feu pour tenir compte des enjeux sécuritaires actuels, arguant que les citoyens responsables devraient être habilités à se défendre conformément aux meilleures pratiques internationales.
L’institution parlementaire a également fait remarquer que les forces armées du pays sont surchargées ; l'exemple de l'Égypte, dont les effectifs sont supérieurs à ceux du Nigéria malgré une population moins nombreuse, est cité. Le sénateur de Borno Sud, Ali Ndumé, qui a fourni ces chiffres, a indiqué que l'Égypte, avec une population d'environ 100 millions d'habitants, dispose d'une armée d'un million d'hommes, de 500 000 policiers et de 800 000 réservistes. En revanche, il a déclaré que l'armée nigériane, malgré ses opérations dans 32 États du Nigeria, compte moins de 200 000 officiers et hommes, tandis que la police nigériane en compte environ 400 000.
