Un attroupement inhabituel d’hommes et de femmes devant l’église a attiré l’attention des riverains venus s’enquérir des mouvements d’humeur observés devant cette chapelle en cette veille du 10 janvier. Tout est parti de l’organisation d’une veillée de prière dans une église évangélique qui n'a pas plu aux dignitaires du culte Oro.

Le pasteur du temple a déclaré à Libre Express avoir été surpris que cette veillée de prière qu’il annonçait depuis deux semaines environ tombe sur un 10 janvier, date consacrée à la fête du Vodoun.

« Dès que j’ai appris que la divinité Oro doit sortir, cette nuit, j’ai téléphoné aux dignitaires pour savoir si Oro veut manifester uniquement au couvent ou c’est prévu sa sortie dans la localité », a expliqué l’homme de Dieu.

Il ajoute que suite à son appel, le « Adjanan », maître initié du culte Oro et trois de ses lieutenants à savoir « Ologou Oro » et « Aborè » qui jouent des rôles déterminants dans la manifestation du fétiche lui ont rendu visite.

Le pasteur dit être surpris par la « sagesse » du « Adjanan » qui a pris siège dans l’église, et a fait savoir que la veillée de prière peut avoir bel et bien lieu, sans entraver les cérémonies dans le couvent de Oro.

Une position du maître initié que ne partagent pas les autres membres du culte Oro, qui se sont tenus debout à l’entrée de l’église, proférant des menaces, s’est plaint le pasteur.

Selon le religieux, le « Ologou Oro » et sa suite s’en sont pris à leur chef Adjanan devant l’église dans des invectives et menaces de tous genres entre eux. « Vu la situation et surtout la tension qui montait, nous étions obligés de suspendre la veillée de prière. J’ai demandé aux fidèles de rentrer calmement chez eux, sans aucune provocation », a confié le pasteur à Libre Express.

Approché, le maître initié du couvent Oro a déploré l’attitude de ses membres qui selon lui, ont outrepassé leur pouvoir. Pour ce Adjanan, le 10 janvier, c’est la fête et les cérémonies du culte Oro pouvait s’accomplir sans déranger la population.

« J’étais parti pour autoriser que la veillée de prière se poursuive jusqu’à 1 heure voire 2 heures du matin. Je n’ai pas apprécié le fait que ces enfants ont fait sortir Oro avant 1 h, en dépit de mon interdiction, en tant que garant des rites du culte dans le couvent de Sori-Igolo ».

Pour le maître initié du culte Oro, cette attitude de ceux qu’il appelle des « enfants » ne restera pas impunie en leur sein.

Le fétiche Oro est profondément enraciné dans la culture yoruba et nago du Bénin, notamment dans les cinq communes du département du Plateau, Kétou, Ifangni, Sakété, Pobè, Adja-Ouèrè.

Selon la tradition, Oro est considéré comme l'esprit des ancêtres mâles, une force liée aux esprits des morts et des justiciers invisibles, invoquée pour protéger, punir les injustices, sanctifier la société et apporter la pureté morale.

Selon une tradition séculaire, Oro est une divinité redoutée caractérisée par une interdiction stricte pour les femmes de le voir, sous peine de mort.