Les 4 et 5 janvier 2026, des bulldozers ont envahi l’un des quartiers précaires de Lagos, Makoko, rasant habitations et commerces en bois érigés le long de la lagune. Cette opération, justifiée par les autorités nigérianes pour des raisons de sécurité, d'urbanisme et de risques environnementaux, s'est déroulée dans une violence. 

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Une perle mécanique détruisant des habitas

Des témoignages font état de l'utilisation de gaz lacrymogènes contre les populations, incluant des femmes et des nouveau-nés. « Sans l'aide de Dieu, j'aurais perdu l'un de mes jumeaux à cause des gaz lacrymogènes », confie Victor Ahansou, un habitant dont la femme venait d'accoucher. De son côté, dame Basirat Kpetosi déplore une absence totale d'information préalable. « Le gouvernement est venu démolir ma maison ; nous n'avons pas été informés de leur arrivée ».


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Des familles ne sachant plus où donner de la tête

Un bilan humain et sanitaire alarmant

L'opération de démolition, qui a débuté le 23 décembre 2025, visait officiellement à dégager un couloir de sécurité de 30 mètres autour d'une ligne à haute tension. Cependant, le gouvernement de l'État de Lagos a progressivement étendu ce périmètre à 50, puis au-delà des 100 mètres, avant de s'attaquer à une bonne partie du village, confie à Libre Express Samson Tohouenou, un habitant de la communauté toffin résidant sur le site depuis plusieurs décennies. « Au lieu de se limiter à la zone de 100 mètres, les démolitions ont affecté une bonne partie du village de Makoko. Le drame est que les policiers ont fait usage de gaz lacrymogènes » notre interlocuteur. 

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Une manifestation d'un groupe de sinistrés

Le bilan humain et matériel, relayé par des organisations de la société civile telles que Corporate Accountability and Public Participation Africa (CAPPA) est alarmant. Au moins trois personnes, dont deux nourrissons et une femme âgée, ont succombé aux effets des gaz lacrymogènes utilisés par la police lors des manifestations du 4 janvier. « Ses chiffres sont déjà en hausse et avoisinent déjà une dizaine de morts notamment des personnes âgées et des enfants » indique Samson Tohouénou. 

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Un équipe en pleine manœuvre de sauvetage

Selon le directeur exécutif adjoint de CAPPA, Zikora Ibeh, les chiffres des organisations de la société civile nigeriane, « Plus de 3 000 habitations ont été rasées par les bulldozers. L'opération a entraîné le déplacement forcé de plus de 10 000 personnes sur une population totale estimée à 150 000 habitants ». 

Des milliers de personnes se retrouvent sans abri, sans eau, ni solution de relogement. « De nombreuses familles, dont des enfants, dorment désormais sur des bateaux ou sous les décombres, exposées à des conditions insalubres. Les femmes vivent dans un dénuement total, manquant de l'intimité nécessaire pour leur hygiène de base et menstruelle » raconte Samson Tohouénou.  

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Des sinistrés sauvent encore des restes de leurs effets

Un appel au secours vers Cotonou

Face à l'ampleur du désastre et à l'instabilité mentale qui gagne certains pères de famille, la communauté béninoise de Makoko se tourne désormais vers ses racines. Sans aucun soutien sur place, les victimes appellent officiellement le gouvernement béninois à l'aide pour obtenir protection et assistance.

 

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Un père de famille dans le désarroi

Les représentants de la communauté exigent l’arrêt immédiat des démolitions, le versement d’indemnisations pour les biens détruits et l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur l’usage disproportionné de la force lors de ces journées tragiques. 


Dans ce contexte de détresse, Hladjedo Sonday Tchangnon invite par la même occasion le Chef de l’État, Patrice Talon, à intervenir pour les délivrer de cette situation critique. « Il est notre papa et quand un enfant se retrouve en difficulté et appelle son père, ce dernier lui tend toujours le bras. Nous savons que nous pouvons compter sur lui » confie Hladjedo Sonday Tchangnon.


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Récupération des matériaux précaires par la population

Malgré ces tentatives régulières d'expulsion menées par les autorités de Lagos, Samson Tohouenou rappelle que cette communauté de pêcheurs venus du Bénin il y a des siècles continue de résister pour préserver sa culture et sa langue. Bien qu'ils vivent « sous la menace constante d'expulsions » dans un environnement manquant cruellement d'infrastructures de base et d'assainissement, ces habitants d'origine béninoise luttent pour maintenir leur mode de vie ancestral sur la lagune.  


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Une vue aérienne de Makoko

Makoko : un héritage ancestral béninois menacé sur la lagune de Lagos

Fondé au XIXe siècle, le village flottant de Makoko est le fruit d'une migration historique de pêcheurs Egun (ou Ogu) venus de l'actuelle République du Bénin. Ces pionniers, attirés par les ressources halieutiques de la lagune de Lagos, ont su adapter leur mode de vie en érigeant des habitations sur pilotis, un savoir-faire qui leur a valu le surnom de « Venise de Lagos ». 

Aujourd'hui encore, cette communauté préserve une identité forte où se côtoient le yoruba, l'anglais et le français, témoignant de liens indéfectibles avec la terre d'origine . Cependant, malgré cette présence séculaire négociée jadis par leurs aïeux, les résidents font face à une précarité extrême et à des tentatives répétées de démolition de la part des autorités nigérianes . 


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Un marché flottant de Makoko

Comme l'explique Samson Tohouénou, un habitant toffin établi sur le site depuis des décennies : « Ce sont nos rois du temps de nos aïeux qui ont négocié cet espace auprès d'autres rois nigérians »  . Pourtant, loin d'être reconnu comme un patrimoine historique, le quartier est régulièrement la cible d'opérations d'urbanisme brutales, forçant les habitants à lutter pour leur reconnaissance légale et le maintien de leur culture ancestrale au cœur de la capitale économique du Nigeria  .